Laurent CASANOVA 1906/1972

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent est le second mari de ma mère

fils d'Antoine Guillaume CASANOVA et de Marie Lucie GUGLIEMI

1er époux de Danielle Casanava, Vincentella Périni

       

 

 

Son autobiographie rédigée en 1956 :

 

 

    

"Fils de cheminot, je suis né en Algérie, dans une petite ville de l'intérieur, dans les montagnes boisées qui bordent la frontière tunisienne. Il est souvent question aujourd'hui de Souk-Ahras dans les communiqués de guerre qui viennent d'Algérie et j'y ai encore presque tous les miens. J'ai eu une enfance heureuse et libre, jouant dans les rues et dans la rase campagne de ce pays dont j'ai aimé avec passion la terre et le ciel, les goûts, les jeux, les façons de penser, parmi les Arabes et la population de descendance européenne faite de dix peuples mêlés.

De cette période, deux faits me sont restés, deux faits qui m'ont profondément marqué, la grève des cheminots de 1920 (mon père était délégué des ouvriers grévistes et c'est alors que j'ai appris le sens des mots " rouge " et " jaune " ; et puis le spectacle des souffrances et des humiliations du peuple arabe. Pour moi, l'expression " serrement de cœur " a pris très vite une signification physique précise. En 1924, il y eut une grande famine. Les populations du sud, éprouvées par une année de sécheresse remontaient vers le nord, affluant vers les villes. J'ai vu des femmes, des hommes, des enfants fouiller dans les ordures, parmi les détritus pour trouver à manger.

J'ai fait des études comme boursier d'État au lycée de Bône et ce fut pour moi une nouvelle expérience : on me reprochait parfois de ne pas me conduire comme un boursier aurait du le faire, avec suffisamment d'humilité, de reconnaissance, à l'égard de cet Etat qui me " donnait " l'instruction, la culture… C'est ce que la discipline intérieure y était rude et je la supportais malaisément. J 'en garde pourtant un bon souvenir.

 

D'abord parce que j'aimais l'étude et mes maîtres, ensuite parce que nous vivions encore entre gosses dans un monde à nous, fort différent du milieu familial, sans les contraintes de l'internat.

 

 

" Très tôt, ce que j'avais vu, le milieu où j'avais vécu, l'exemple paternel, m'avaient incliné vers les idées de la classe ouvrière, vers le Parti Communiste.

Lorsque je vins à Paris, - où j'avais de la famille, pour entreprendre des études supérieures après le baccalauréat -, je me mis à fréquenter tout de suite les cercles d'étudiants corses. C'est là que j'ai connu Danielle.

Comme j'étais à la Faculté de droit, qui était à l'époque un repaire d'ultra réactionnaires, j'appris très rapidement quelles étaient les méthodes de brutalité et d'intolérance des " Camelots du Roy ", des " jeunesses patriotes ". Nous avions avec eux des heurts violents. J'en suis ainsi arrivé à prendre contact avec l'organisation des étudiants de gauche qui existait à l'époque au Quartier Latin.

J'y retrouvais Danielle. Elle avait entre temps adhéré aux Jeunesses Communistes dans le Ve Arrondissement. C'était une propagandiste infatigable et son prosélytisme était insistant. Elle n'eut de cesse que j'eus moi-même adhéré au Parti. Et pour en être bien sûre, elle m'accompagna, en personne, le jour où je remplis mon bulletin d'adhésion au siège du Comité Central, alors 120 rue Lafayette. A dater de cet instant, nos vies n'en firent plus qu'une jusqu'à ce jour de 1942 qui la vit disparaître dans l'enfer d'Auschwitz.

Durant toute cette période, je militais à la fois comme militant responsable dans l'organisation des étudiants et dans le Parti où je fus élu assez vite secrétaire d'une cellule du XIIe Arrondissement où j'habitais. Cela se passait dans les années 1927-1928."

Premier contact avec la police C'était en 1929, à l'occasion de la manifestation du Mur des Fédérés. Elle n'était pas interdite, mais la police ne se privait pas d'attaquer le cortège lorsqu'il se formait le long des murs du Père Lachaise. C'est dans ces circonstances que j'ai été pour la première fois assommé et laissé sur place évanoui. Cette manifestation du Mur est l'une de celles qui m'ont le plus impressionné, tant en raison des violences policières que par l'enthousiasme révolutionnaire des ouvriers qui y participaient..

J'ai fait ensuite mon service militaire. A mon retour, en 1932, je repris la préparation du doctorat en droit. En 1933 la question me fut posée pour la première fois de devenir un militant permanent du Parti, c'est à dire ce que Lénine appelait un " Révolutionnaire professionnel " . Je n'hésitais pas une seconde et je me souviens de la joie que cela m'a causé, de la façon toute simple dont j'ai accepté comme un honneur la charge nouvelle qui m'était confiée.

 Quand VUILLEMIN fut tué…  Je me souviens d'une autre manifestation un soir de 1934, sur le boulevard Belleville. La police nous avait dispersés. Nous nous étions regroupés et tirions sur la chaussée pour en faire une barricade, les tables disposées sur le terre-plein en vue du marché du lendemain. Tout à coup, des coups de feu éclatèrent. Je ne me rendais pas compte de ce qui se passait. C'est seulement le lendemain que j'ai su que le jeune VUILLEMIN avait été tué par la police.

 La confiance la plus entière De 1933 à 1939, je travaillais avec le camarade Maurice Thorez dont je devins le secrétaire à partir de fin 1936.

J'ai naturellement gardé de ces années le souvenir le plus vif, ce qui m'avait d'abord impressionné et même un peu surpris, c'est la confiance entière qu'il pouvait mettre dans ses collaborateurs à partir du moment où il avait vérifié la qualité de leur travail, leur attachement au parti. Il manifestait le souci de les laisser agir par eux-mêmes, d'acquérir directement le sens des responsabilités en faisant preuve d'initiative. Il " poussait " en avant comme on dit, avec le souci visible d'aider à la promotion rapide des cadres nouveaux et jeunes.

Sa façon rationnelle d'organiser son travail, de manière à ne pas perdre de temps, à ne pas se laisser accabler par les tâches ou dépasser par les événements m'a toujours semblé exemplaire. De même la simplicité de ses goûts, la modestie de sa vie familiale riche des sentiments les plus communs sans doute, mais les plus vrais aussi.

Le souci de l'action Du point de vue politique, ce qui m'a peut être le plus frappé chez Maurice Thorez pendant cette période, c'était son aptitude à conduire son travail avec la plus grande rigueur de principe, mais, en même temps, avec le souci permanent de l'action de masse, de l'efficacité, avec la volonté constante d'être clair, compréhensible pour tous.

Le travail qu'il effectua pour définir avec le concours du Comité Central et des congrès du Parti une juste politique nationale et démocratique du parti a été pour moi l'une des leçons politiques les plus marquantes. Je n'avais pu assister au Congrès de Villeurbanne mais j'avais le rapport du Comité Central présent é par Maurice Thorez avec un soin qui se transforma vite en une espèce d'exaltation. J'y voyais comme la sanction triomphante de ces dures années d'épreuves et de combat qui vient se forger sous l'impulsion de notre camarade, avec l'aide de l'Internationale Communiste et le concours du prolétariat français fidèle à ses traditions révolutionnaires, le parti ouvrier de type marxiste-léniniste dont la classe ouvrière avait besoin. Ce parti, la France toute entière allait le découvrir bientôt avec ses mérites, et l'aptitude incomparable de ses meilleurs sacrifices.

J'y ai surtout réfléchi dans les années 39-45 quand il fallut effectivement traduire en actes des principes dont la valeur apparaissait en pleine lumière.

Quand des dizaines de milliers d'hommes et de femmes, parfois d'enfants, contresignèrent avec leur sang le glorieux mot d'ordre de Villeurbanne : " Vive la France Libre, forte et heureuse que veulent et que feront les Communistes ".

Dirais-je encore que de tous ces souvenirs mêlés où s'entrecroisent tant de camarades très chers, certains prennent un relief particulier. Ceux par exemple qui se rattachent à notre voyage d'Algérie en 1939 quand fut lancée par Maurice Thorez la définition dont chacun peut aujourd'hui mesurer le sens profond et la valeur d'avertissement en regard des véritables intérêts français : " l'Algérie est une nation en formation ".

" j'ai dit qui j'étais à mes camarades de régiment " Je suis parti au premier jour de la guerre, mobilisé dans un régiment de pionniers, stationné sur la ligne Maginot. Tout de suite, je m'aperçus que je faisais l'objet d'une surveillance particulière. J'appris à la même époque que Danielle était passée dans l'illégalité.

Dans mon unité, il y avait moitié de parisiens, ouvriers pour la plupart, moitié de bretons. Ils ne croyaient pas à la guerre véritable, et caractérisaient l'entreprise comme une manœuvre politique de la réaction dirigée contre notre Parti et les conquêtes du Front Populaire. Leur lucidité n'allait pas au-delà. Les conséquence possibles de la menace hitlérienne sur la monde restaient dans le vague. Les symptômes déjà perceptibles de la trahison nationale des cercles dirigeants leur étaient masqués. Je n'hésitais pas à m'ouvrir à certains d'entre eux de mon activité en tant que militant communiste. J'ai dit à des camarades de régiment choisis après expérience qui j'étais, et j'ai bien fait. En effet, on commençait alors à arrêter des communistes à l'armée, de nuit,. On répandait le bruit qu'il s'agissait d'espions allemands. C'est sous la même imputation abominable que fut condamné, fin 1939, notre bon camarade MOURRE. Et les calomniateurs le livrèrent ensuite aux hitlériens qui le fusillèrent avec empressement. J'avais averti mes camarades de ces faits et ils organisèrent eux-mêmes ma sécurité.

Un jour que je partais en permission, ils m'accompagnèrent à la gare en manifestant ouvertement une sympathie qui allait bien sûr plus au Parti qu'à moi-même. A Paris, je retrouvais Danielle. Je me souviens des discussions que nous eûmes, des difficultés qu'elle rencontrait dans son dur travail illégal, mais aussi de sa confiance inébranlable.

De retour à mon corps, je trouvais le contact avec le camarade BAILLY , mobilisé dans une unité du génie cantonnée non loin de la mienne, avec le camarade MARTIN, officier d'artillerie et quelques autres. Nous primes des dispositions pour assurer sur place la parution d'un matériel de propagande. Mais, au moment où nous allions commencer ce travail, l'attaque allemande du mois de mai survint. La grande bagarre nous sépara.

Transformés d'abord en unité de marche, puis en unité de couverture, notre groupe de pionniers ne commença à décrocher de la ligne Maginot que le 13 juin, c'est à dire au moment où les nazis atteignaient Paris, ce que nous ignorions.

Il n'y eut jamais déroute ni débandade dans ma compagnie. Les officiers qui nous commandaient avaient, très vite, donné la preuve de leur incapacité. Il se passa alors un événement très curieux. Devant leur carence, je pris en fait, et comme caporal, le commandement de la compagnie.

Finalement nous fûmes littéralement livrés à l'ennemi. On nous dirigea à notre insu et après quelques simulacres de combats, vers un point convenu entre les Etats-majors allemands et français où les troupes devaient se rassembler pour être capturées, avec toutes leurs armes. C'est ainsi que je fus fait prisonnier.

Des ouvriers allemands révolutionnaires…  Conduit dans la région d'Aix-la-Chapelle, puis de Cologne, je travaillais d'abord sur un chantier de construction d'autostrade. Ensuite, on nous transféra dans un Kommando qui restait enfermé dans l'enceinte d'une grande usine de bakélite. C'est là que je pris contact avec des ouvriers allemands et, notamment, avec des ouvriers révolutionnaires, des anciens membres du Parti communiste allemand. L'un d'eux s'était rendu compte du rôle que j'avais parmi mes camarades. Il me raconta un jour qu'il se souvenait d'un meeting du camarade CACHIN à Cologne et il me parla d'un accident dont j'avais eu connaissance : un camarade du Parti Communiste français qui se rendait par le train à Moscou était tombé sur la voie du côté de Cologne . Toutes ces précisions me montrèrent à qui j'avais à faire. Je fus très frappé de la persistance des sentiments révolutionnaires qui existaient dans cette fraction du prolétariat allemand. Mais je ne réussis pas à établir le contact avec l'organisation du Parti.

Evadé et repris   C'est de cette usine et grâce à l'aide de ces camarades allemands que je me suis évadé pour la première fois pour être repris à Maëstrich, en Hollande, d'où l'on me conduisit dans un camp de représailles en Allemagne où nous fûmes assez mal traités et pratiquement affamés.

De là, je revins dans la banlieue de Cologne où l'on me fit travailler dans une grande usine de produits chimiques construite avant la guerre avec des capitaux américains. Le travail y était particulièrement pénible et malsain. Et c'est avec l'aide d'ouvriers allemands, encore une fois, que je parvins à m'évader, malgré des conditions très difficiles. Ils me fournirent des effets civils et l'un d'eux m'offrit même de m'héberger chez lui pendant quelques temps si j'en avais besoin. Un mineur hollandais, des cheminots belges de la grande gare de triage de Quincampoix dans la banlieue de Liège, un prêtre catholique, des patriotes français m'aidèrent successivement à gagner Paris où j'arrivais un matin du 1er mai 1942.

C'est alors seulement que j'appris l'arrestation de Danielle. Des camarades dont j'avais les adresses et qui avaient beaucoup aidé ma femme m'en avertirent.

Qui dira jamais la façon toute naturelle d'agir des militants du Parti, des sympathisants , des amis de toute sorte qui nous abritèrent, nous protégèrent, servant la cause à leur manière. Je pense à " tante Célestine " qui me rapporta les premières lettres de Danielle - et sa dernière aussi - du fort de Romainville. Chère tante Célestine qui s'en fut un jour d'août 1944 reconnaître le corps de son fils supplicié au donjon de Vincennes. Je pense au " pépé " et à la " mémé " qui accueillirent Danielle dès le mois d'octobre 1939 et Politzer bien plus tard ; je pense à Dédé et à sa femme, à Jeanne et à Etienne, à ces intellectuels antifascistes résolus et patriotes, vers qui les camarades Maucharat me conduisirent un jour de la part d'Eluard. Leur manière était faite de gentillesse, d'ingéniosité à nous aider, de simplicité à risquer leur vie en connaissance de cause. Sans eux nous n'aurions rien pu faire. Ils ont ranimé notre confiance. Ils nous ont donné les moyens de traduire en actes les pensées que nous avions en commun.

" Toute force vient d'eux qui forment le peuple et c'est à eux qu'elle retourne " - cette vérité apprise d'abord dans les livres des maîtres du socialisme, perçue dans l'expérience que nous avions déjà du combat social, prenait ainsi une vigueur nouvelle, faisant corps à jamais avec notre façon de penser, d'agir, de comprendre.

C'est par Claudine CHOMAT que je repris le contact avec la direction du Parti. Cela demanda quelques semaines. En attendant, au hasard d'une promenade sur le boulevard St Michel, je tombais, à l'étalage d'un librairie sur un exemplaire de " Poésie et Vérité " de Paul Eluard. Que de tels poèmes fussent imprimés et vendus ouvertement en plein Paris au mois de mai 1942, m'était incompréhensible sur le coup. Puis la fierté m'envahit car cela prenait valeur d'un indice concret sur la force de résistance que notre nation était encore capable d'opposer aux traîtres et à l'envahisseur. J'ai conservé cet exemplaire, miraculeux pour le prisonnier évadé que j'étais, peu au fait des choses, impatient d'agir et faisant déjà le décompte de ses frères déjà tombés au combat. Le soir même, je crois, je l'apportais à un camarade hospitalisé à l'Hôtel Dieu pour de longs mois tant j'étais impatient de faire partager ma joie.

Plusieurs mois durant, je travaillais en collaboration avec Pierre Villon qui se trouva durant toutes ces années aux postes les plus exposés.

En septembre 1942 je rencontrais Aragon et Elsa Triolet. J'étais ému. Je me souvenais de la première permission, avec Danielle, déjà dans la clandestinité, quand nous lisions ensemble les premiers poèmes de guerre publiés dans la revue de Pierre Seghers. Mon émotion allait croître de façon déraisonnable quand Elsa me remit un exemplaire des " Amants d'Avignon " et quand Louis entama la lecture de son grand poème sur Auschwitz dont il avait achevé l'écriture en voyage.

Nous avons longuement parlé de tous, de notre cher J.R. Bloch, courageux et ferme dans ses convictions jusqu'à l'extrême. Et nous nous sommes séparés le cœur alourdi par cette obsédante pensée d'alors : les reverrai-je un jour ?

C'est dans le même temps que je rencontrai Picasso pour la première fois chez les amis d'Eluard qui m'abritaient. Il savait seulement que j'étais un patriote traqué. Pour moi, j'étais heureux car nous nous sommes accordés assez vite et bien. Il fut le sujet de nombreuses conversations avec mes hôtes très érudits sur son art. De ce temps là date une sympathie et une curiosité d'esprit en éveil comme aux premiers jours. Encore que je sache mieux, aujourd'hui, par où son art commence, et de quelles idées politiques et sociales, de quels sentiments de quelles patientes réflexions sur le métier, de quelle expérience originale cet art procède.

Je participais ensuite au Comité national des F.T.P.F., en tant que représentant du Front National.* Le comité était présidé par le camarade Ch. Tillon. Ce qui me reste le plus de cette période de la guerre et de l'illégalité, c'est le choc du sabordage de la flotte à Toulon, l'annonce de l'insurrection corse, victorieuse le 9 septembre 1943. A cette occasion, j'écrivais pour " France d'Abord ", le grand journal F.T.P., un article consacré à cet événement, signé de mon nom véritable, en ma qualité d'officier de franc-tireur.

Je me souviens aussi des tentatives que nous avons faites pour joindre Londres ou Alger en tant que délégués du Front National. Le C.P.L.N. en avait accepté le principe. Mais cela ne se fit jamais .

Plusieurs rendez-vous furent organisés sur des terrains d'atterrissage clandestins où un avion devait venir me prendre. L'avion ne vint jamais. La simple annonce à Londres de la présence sur le terrain d'un représentant F.T.P. suffisait pour faire annuler les opérations projetées. Ce petit jeu dangereux et vain dura plusieurs mois. Comme on le voit, les F.T.P. ne furent jamais en odeur de sainteté auprès de l'Etat-Major gaulliste.

C'est à l'occasion d'un de ces déplacements en vue d'un embarquement pour Londres, que je rencontrais Joliot Curie à Lyon. Il venait d'adhérer au parti. Je ne le connaissais pas. C'était à l'un des moments les plus pénibles de la guerre, juste avant Stalingrad. Nous passâmes plusieurs jours ensemble et discutâmes librement, longuement.

Je fus très impressionné par la qualité de ses sentiments patriotiques et aussi par la clairvoyance dont il faisait preuve. Il me parla des armes atomiques, me fit comprendre la gravité que représenterait leur apparition dans la guerre et m'indiqua que les recherches étaient déjà suffisamment avancées pour que l'on put craindre cette éventualité. Il me dit en particulier : " Le danger le plus grave serait que ces armes nouvelles soient concentrées en une seule main. Il me semble exclu que les allemands y parviennent. Il est probable que l'Union Soviétique tout comme les Etats-Unis pourront assez rapidement en disposer. Cela vaudrait mieux pour les peuples que si les Américains en devenaient les uniques détenteurs. "

En mai 1944, nous avions demandé pour la direction des F.T.P. un rendez-vous au Conseil National de la Résistance en vue de protester, en présence du représentant de Gaulle en France ((Barodi) et de son délégué militaire national (Chaban-Delmas) contre le traitement qui nous était réservé : nous étions la seule organisation militaire de la résistance qui ne recevait pratiquement ni armes, ni argent alors que nous étions les seuls à nous battre effectivement. J'avais été désigné avec le camarade Bayer pour représenter les F.T.P.F. à cette réunion.

Le rendez-vous avait été fixé quelque part du côté de la Place de la République, pour autant que je me souvienne. Tout le Conseil National de la Résistance était réuni sous la présidence de Bidault dont j'ignorais tout.

Nous exposâmes donc les causes de notre protestation et dénonçâmes l'attentisme qui dictait l'attitude de Londres et d'Alger à notre égard. Nous démontrâmes les raisons d'intérêt national pour lesquelles il fallait préparer l'insurrection qu'ils paraissaient craindre : tout cela fut vain. Les choses continuèrent comme auparavant.

Cette attitude de la majorité du C.N.R. était fort préjudiciable aux intérêts de toute la Résistance intérieure et pas seulement des F.T.P. Elle explique en partie les difficultés de notre combat et les pertes cruelles que nous avons éprouvées. Elle compliqua dangereusement notre tâche mais elle n'empêcha rien finalement. Je veux dire qu'elle fut impuissante à empêcher l'insurrection nationale et par conséquent l'intervention propre du peuple français aux côtés des armées alliées dans la dernière phase du combat libérateur. De cela, pourrait témoigner de façon beaucoup plus probante le camarade Rol Tanguy, chef des Forces Françaises de l'Intérieur pour l'Ile de France, qui dut, en pleine insurrection parisienne, affronter les difficultés créées par la décision honteuse, prise dans son dos, de conclure une trêve avec les troupes nazies en retraite.

De la Libération elle-même, que dirais-je ? Bien plus que la fièvre, l'exaltation des combats au grand jour, avec tout un peuple comme renfort, je ressens l'émotion qui me saisit à mon retour dans Paris au moment ou le Parti décida la publication de la célèbre affiche signée des noms de tous ses élus parisiens et qui lançait le mot d'ordre de l'insurrection armée.

Nous étions arrivés dans la Capitale à la veille de la bataille. J'ai vu l'affiche apposée sur les murs du 138 et j'ai croisé des F.T.P. en armes qui remontaient la rue de Tolbiac, protégeant les colleurs d'affiches et les distributeurs de tracts….

Après, ce fut le départ de la colonne Fabien pour le front de l'est*, le retour de Maurice, le meeting triomphal du Vel d'Hiv.

La classe ouvrière franchissait une nouvelle étape. Le peuple lui-même ouvrait aux communistes l'entrée des ministères qu'il fallait remettre sur pied. Notamment celui des Ancien Combattants au milieu de la gabegie héritée de l'ancien commissariat des Prisonniers, aux prises avec le sabotage des éléments Vichystes restés en place.

Et je n'ai plus d'autres souvenirs que ceux partagés avec tous mes camarades qui depuis dix ans luttent pour ouvrir à la classe ouvrière et au peuple français la voie vers de nouveaux succès.

Ces succès viendront et notre peuple franchira bientôt une nouvelle étape !

Laurent CASANOVA

* ,  il s'agit de l'est de la France en Alsace.

* Le Front National dont parle Laurent n'est pas celui de Lepen !!!!!!!!   qui a repris bien plus tard le nom de cette organisation qui en son époque n'avait pas officialisé son titre, il faut dire qu'il y avait bien autres choses à faire et de beaucoup plus utiles.

 

Né le 9 octobre à Souk-Arhas (Constantine) ALGERIE

son père cheminot, est originaire de Corse,  il est délégué des ouvriers grévistes lors des grandes grèves de 1920.

Laurent est boursier au Lycée de  Bône. Continue ses études à Paris et devient avocat.

Marié le 12 décembre 1933 avec Vincentella PERINI (connue sous le nom de Danielle CASANOVA

 

Docteur en droit, collaborateur de Maurice THOREZ

 

Ministre des anciens combattants de la guerre de janvier à décembre 1946

Député Communiste de Seine & Marne 1944/1958

 

Membre du Comité Central du PCF de 1945/1961

Mariage avec Claudine CHOMAT le 5 mai 1948 à Ivry sur Seine : Témoins Marie-Claude Vogel veuve de Paul VAILLANT -COUTURIER et Stéphane GUILLOUX

 

 

Membre du Bureau Politique du PCF de 1947 à 1961 date de son éviction.

Décède le 20 mars 1972 à l'hopital Broussais de Paris inhumé en Corse près de Danielle CASANOVA.

   
La Vie a rassemblé Danielle, Claudine, Victor et Laurent 
 

C'est mon père Victor MICHAUT qui a reçu Danielle le jour ou elle s'est présentée pour adhérer au parti Communiste et tous deux ont travaillé ensemble durant l'Illégalité . La tante Célestine ( dont parle Laurent dans son autobio) qui se faisait passer pour la tante de Danielle lorsqu'elle était internée à Romainville était la véritable t