Claudine et Victor MICHAUT

 

 

 

 

 

Ils s'aimaient d'un amour tendre -les  lettres que Victor envoyait pour Claudine à sa soeur du fond de sa prison le prouvent s'il en était besoin-

 

 

Tous deux de famille modeste, tous deux entrés dans la politique très jeunes.....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Te souviens tu de ce beau jour.

 

Ou le coeur gonflé d'espoir

 Nous  avons pu enfin revoir.

 L' enfant chéri de notre amour ?

 

Sous le chaud soleil d'août,

Heureux de faire tant de chemin

Nous allions main dans la main

Pour embrasser l'ange si doux.

Poupée mignone aux boucles blondes

Ses yeux d'azur nous épiaient

Et tout en elle souriait

Semant le bonheur à la ronde.

 

Prison de Limoges 13 août 1941

 

 

 

Victor incarcéré dans les prisons de Vichy pensait à sa famille, il a rempli tout un cahier d' écolier de poèmes personnels et de pensées de différents auteurs qui correspondaient à ce dont il croyait. Certains de ses propres écrits ont été repris par ses frères, sous forme d'un fascicule les illustrations sont de Louis le frère artiste et l'écriture est de la main de Roger.

 

 

Témoignage de Jacques DUCLOS - Extrait de   Chronique de la Résistance d' Alain GUERIN - Edition Omnibus.-

"Dans le Paris désert, triste et inquiétant du début de l'occupation, le Parti était réduit à peu de choses" écrit Jacques DUCLOS dans ses mémoires :

"parmi les camarardes qui s'y trouvaient ou qui allaient y revenir rapidement, il y avait Félix CADRAS, Victor MICHAUT, Georges POLITZER, Danielle CASANOVA, Léon MAUVAIS, Jacques DECOUR, Eugène HENAFF, André TOLLET, Georges CADRAS, Claudine CHOMAT. Et pour réorganiser les planques et en accroître le nombre, trouver des agents de liaison sûrs, des dactylos, des machines à ronéotyper, pour constituer des dépôts de papier et les moyens de locomotion allant du vélo simple au vélo remorqueur et au "gazo" (voitures automobiles fonctionnant au charbon de bois), nous avions une équipe d'hommes, de femmes, lesquels parmi les communistes immédiatement disponibles se trouvaient des camarades comme Jean CHAUMEIL, qui militait avant la guerre à Bagnolet, Pierre MAUCHERA, Emile LE MORILLON, Maurice CHAUMERONT, mon ancien secrétaire parlementaire(....) Jacqueline QUATREMAIRE, Rose BLANC....ect...

En bref lorsque les hitlériens entrairent dans Paris, il y avait environ 120 à 200 camarades plus ou moins organisés. c'était peu mais au cours des mois qui suivirent de nouvelles forces se regroupèrent...

 

 

Pour ces militants  parisiens, comme pour ceux que Jean BAILLET et Maurice ROMAGON, deux futurs fusillés, organisent en Champagne ; comme ceux qui, en Bretagne, se regroupent autour d'Auguste HAVEZ et de Marcel PAUL, à Bordeaux autour de Charles TILLON, dans le nord autour de Martha  DESRUMEAUX et de Joseph HENTGES, dans le Limousin avec Georges GUINGOUIN, etc. pour tous, trois sentiments dominent alors. La fierté d'avoir tenu bon et la certitude d'avoir eu raison ; le souci de ne pas se laisser coupé des masses humaines souvent désorientées et dont il importe  plus que jamais de bien connaître les revendications quotidiennes au moment où la pénurie va croissant ; le désir enfin de bien discerner ce que la situation politique peut avoir d'original et de nouveau.

 

 

    

 

          

Texte que m'ont inspirées deux photos :

 

              

Sur cette première photo on voit nettement que ce couple s'aime.

Lui penché à droite le coude appuyé sur la barrière du balcon pose dans l'attitude de celui qui est sûr de sa compagne.

Elle se blottit tendrement contre lui, sa main s'accroche à son veston et sa tête est posée sur son épaule.

Lui est grand et mince, il porte des lunettes, son col de chemise assez large et pointu dépasse sagement de son pull au col ras du cou .

Elle a une coiffure bien ordonnée, un col Claudine -

c'est son prénom et un corsage à manches courtes écossais, on ne distingue pas le reste de sa stature car le cadrage est coupé sur la gauche, c'est peut être ce qui accentue les deux postures orientées vers la droite

               

 

           

 

 

 

 

              

De ce même couple quelques mois  plus tard : Ils sont assis tous deux et entre eux un enfant. Une petite fille, pas bien vieille, elle a quelques jours, sa tête ne tient pas encore très bien sur ses épaules, elle a un chapeau en dentelle une petite robe et des chaussons.

La femme, la mère, Claudine a cette fois là une coiffure assez sophistiquée, elle a une robe à manches courtes décorée de broderie ou passementée au col et à la manche.

L'époux, le père, Victor en chemise blanche et cravate tient la main de sa petite fille. La mère se tient bien droite et soutient la poitrine de l'enfant, les deux parents sourient.

 

Nous sommes fin 1938, le père étant tuberculeux, ce qui à l'époque était très grave, on va envoyer l'enfant en nourrice, et puis ce sera la guerre.

Tous deux vont risquer leur vie. Le père va être incarcéré, condamné à perpétuité et envoyé à Dachau.

Tout le monde avait pensé avec certitude que cet homme ne reviendrait pas du camp comme ses deux compagnons atteints aussi de tuberculose.

Mais ils sont revenus tous les trois.

             

 

 

 

Témoignage de Josette COTHIAS-DUMEX

Ses souvenirs personnels d’illégalité vécus avec  Claudine Chomat et Victor Michaut tous deux mariés à l'époque.

Ils ont vécu de cette manière jusqu'à l'arrestation de Victor en 1941.

 

"…..Quelques temps après, je devais devenir la « môme » de l’UJFF et de ses dirigeantes, ce qui m’amène dans les pas de Danielle et de Claudine pour les milles et une tâches que l’organisation ne pouvait confier à des permanents qu’elle ne pouvait payer pour ce travail, mais que j’assumai de mon mieux ayant une fois pour toutes refusé d’être la sténo dactylo que mon père voulait que je sois.

 

Comme Laurent[1], Victor apparaissait quelquefois Boulevard des Capucines et je me souviens que n’ayant aucun frère pour assurer le portage de notre journal un jour avec de grands paniers à roulettes, nous avions mobilisé tous ces messieurs pour faire l’aller et retour vers la poste. Il y aurait eu là de beaux clichés à prendre !!

 

Comme tous les autres te l’ont dit déjà, j’avais été impressionnée par sa très grande douceur.

 

Boulevard des Capucines au siège de l’UJFF, le ton était souvent très haut.

Entre Danielle et Claudine les têtes à têtes étaient parfois haut en paroles. Ajoutes y Jeannette et Marie-Claude [2]c’était le chahut, puis elles sortaient en riant, alors qu’Henriette Schmidt et moi, nous étions toutes apeurées de leur bagarre !

 

 Laurent n’était pas non plus un homme au verbe calme.

 

Et je garde donc de ce temps-là, la voix apaisante, douce et calme de Victor qui se moquait gentiment de ce monde « haut en couleur » qu’était le siège de l’UJF. Mais il n’est guère venu à ce siège, car il a très vite rechuté et est reparti au sana.

 

Ce que je crois me souvenir de la période de 1939 avant les événements, c’est qu’il avait été considéré comme perdu et ramené à sa maison. C’est lui-même qui avait exigé à une nouvelle rechute d’être reconduit à l’hôpital. C’est de ce temps-là qu’il avait gardé sur lui ses radiographies (très,très mauvaises) et ce sont ces mêmes radios qu’il portait sur lui lors de son arrestation à Toulouse (le 28 juin 1941 il fut conduit à Limoges dès le lendemain matin). À peine arrêté il avait exigé la présence d’un docteur immédiatement avant de répondre à un quelconque  interrogatoire. Les flics avaient cédé et fait venir un docteur auquel Victor présenta ses radios. Après avoir vu celles-ci, le docteur aurait dit aux flics « Cet homme est déjà un homme mort. Ne le touchez pas, vous seriez accusés de sa mort »

 

……..dans cette période de fin 39 « drôle de guerre » d’un gouvernement qui ne voulait pas faire la guerre à Hitler, mais la faisait au mouvement ouvrier. Je sais que l’appartement de Victor et Claudine avait été perquisitionné en présence de Julienne, la seconde sœur de Claudine, cet appartement était rue du Sergent Bobillet, Victor et Claudine avaient pu se protéger.

 

Lorsque je suis revenue fin 1939 sur injonctions, Claudine m’avait écrit 7 lignes dans lesquelles le mot « reviens » était écrit 5 fois. J’étais avec 160 (pas forcément exact parce que certains parents étaient venus en chercher)  mômes d’Arcueil dont nous avions reçu l’ordre de les garder à Villers sur mer. Le 5 décembre, Danielle était chez moi une heure à peine après celle de mon arrivée et me demandait de la rejoindre le lendemain matin en laissant « une nuit paisible à mes parents » !

 

 Arrive l’exode, je termine mon travail avec Ternet et retrouve Claudine à Limoges, puis je vais louer un deux pièces cuisine à Toulouse sur une avenue très calme où nous logeons ensemble. Claudine et Victor remontant  sur Lyon et moi quelques temps après.

 

Je devais rechercher à ce moment-là les responsables susceptibles d’être démobilisés en zone Sud. J’avais le N° de leurs unités et ce genre de travail m’était habituel. Je cherchais Ouzoulias - Bossu – Casanova – Mais ils étaient prisonniers ailleurs et sauf trois bonnes anecdotes je rentrais toute penaude et rejoignis à Lyon, c’était vers la mi-août septembre nous devions à peu près tout reconstituer de l’organisation clandestine du Parti en zone Sud. De ce que je sais, les trois dirigeants étaient : Monmousseau – Victor et Chaintron. J’assurai la liaison Nord-Sud avec Odette Passot, une semaine elle descendait, l’autre je montais – C’était Claudine et Raoul Jeanjean (responsable aux cadres ou à la sécurité) mes deux liaisons. Nous étions en si grandes difficultés que nous faisions beaucoup trop de choses ensemble. Par exemple : avec Jeanjean, j’assurai des planques pour le transfert de nos cadres. J’avais aussi trouvé la villa de Monmousseau. Nous avions notre appareil de faux papiers.

 

Avec Claudine je « raccrochais les morceaux de l’organisation avec celles que nous appelions les petites de Masser. Josette Reygaut fut secrétaire après la guerre et Paulette Laugery (voir livre de Lise London qui l’appelle « polo » Il fallait prendre le train pour Limoges – Toulouse – Montluçon – Nîmes – Nice – Montpellier ou Marseille etc…et la plupart du temps, avec nos jeunes filles nous avons retrouvé les camarades en place. Nous portions les stencils à reproduire, ou les journaux, les analyses politiques. La situation était dure parce que toute l’histoire écrite le démontre, le fait Pétain avait beaucoup trouvé les français en zone Sud. Celle-ci n’était pas occupée. Et toute la police de Vichy porta ses forces contre notre pauvre appareil si fragile. Quand je pense qu’entre tout cela, nous essayions avec Claudine de reconstituer les équipes des Comités Féminins !

 

 Nous y avions très bien réussi déjà du côté du Gard et de l’Hérault avec Paulette Duguet .Mais il fallut  très vite bouger les Duguet retournés dans leur famille et très recherchés.

 

Victorin, l’aîné était le secrétaire National de la Fédération des mineurs. C’est lui que je remontais au plus vite, il devait pour quelques mois être le responsable des syndicats ouvriers, intitulé le O.

 

 Son frère, marié à notre secrétaire Départementale de Seine-Sud : Paulette  Bunaudière et lui était membre du Comité Central de la Jeunesse Communiste. Je devais les rechercher au début d’octobre. À cette date, je du assurer une liaison considérée plus urgente et Elie fut arrêté au début d’octobre 1940 et il partit, avec les élus et les militants en Afrique du Nord ! Mais eux dans un camp près du désert. C’était aussi un ancien des Brigades Internationales en Espagne Républicaine.

 

 Il m’en a voulu car s’il était parti à notre premier rendez-vous fixé, il aurait échappé à ce drame.

 

Ce fut l’Équipe de la délégation zone – Sud du PC qui trinqua la première en février 1941 : avec 2 condamnations à mort : Chaintron et Ternet qui heureusement s’évadèrent.

 

C’étaient nos petites Marseillaises : Josette Reigaut et Paulette Laugery, 2 jeunes filles de l’UJFF qui avaient été prises en filature de Marseille à Lyon. Les flics avaient remonté pendant plusieurs semaines les filatures avec leurs nouvelles méthodes ; une personne à plusieurs pour ne pas être repérés ! –

 

Victor bougeait très peu, mais Claudine assurait toutes ses liaisons. Tout ce qui était sédentaire sur Lyon fut repéré ou presque. Il y eu de nombreuses arrestations. Je crois que la maison de Victor et de Claudine n’avait pas été repérée tout à fait, sauf la rue. À un moment donné jour et heure, tous les flics devaient assurer les arrestations possibles. J’étais partie essayer de passer vers Bellegrade pour rejoindre …….cette autre zone rouge avec pour mission de retrouver G . Cognot dont on nous disait qu’il était à Pontarlier ou Besançon ou Vesoul. C’est d’ailleurs la seule fois où je n’ai pas pu passer dans une zone avec Odette Passot.

 

 Je n’avais pas d’aide localement, ou ceux que j’avais vus m’avaient dit leur impuissance. J’ai donc essayé de descendre les bords du fleuve mais c’était très à pic et je n’avais pu me retenir à un arbre, je tombais à pic dans le fleuve. C’était impossible comme cela, Odette me dit « j’y arriverai autrement ». Elle ne le put pas, Cognot s’était fait reprendre.

 

Je revins donc bredouille à mon rendez-vous avec Claudine j’appris qu’il se passait « quelque chose ». Je me souviendrai toujours. Elle me dit « je ne retrouve plus personne, et les petites non plus, il a dû arriver une tuile – as-tu vu Jean ? » (C’était Raoul Jeanjean) : « Non – moi non plus ! Mais nous avons un autre repêchage dans la semaine, par contre j’ai été à tous les repêchages des petites et je ne les ai pas trouvées » et elle me dit «  Vas voir chez elles – fais attention – vas voir si elles sont malades, mais  il n’y a que nous deux qui savons où elles habitent ».

 

Je ne me souviens plus vraiment pourquoi je me suis présentée chez elles à midi 15, sans doute avec l’idée que si elles étaient chez elles, il fallait mieux attendre l’heure du repas. Je monte – personne – Je demande à la concierge qui me dit

« Mais vous ne savez donc pas, ces petites si gentilles, ont été arrêtées il y a plusieurs jours, d’ailleurs, il y a un policier qui garde l’appartement, il vient juste de descendre pour aller au restaurant ! » Je remercie et je file à droite à gauche, à droite, un tramway, un autre tramway. Il n’y a pas de doute c’est bien la tuile. Je trouve Claudine devant une pâtisserie de la place Bellecour. Je commence à faire une drôle de tête, comme cela, à la pensée que les « petites » qui étaient une véritable joie de vivre, elles riaient tout le temps. (Moi j’étais dans le genre sérieux) étaient arrêtées. Alors Claudine part d’un curieux éclat de rire nerveux  et dit « Merde, ils sont tous tombés » et elle me secoue « Ce n’est pas le moment de chialer, ni de s’attendrir – tu te rends compte – tous tombés ! Il faut tout recommencer ».

 

Victor et Claudine devaient s’enfuir de leur maison quelques heures après par la fenêtre et les jardins, la rue était cernée. Ils ont échappé de très peu. Raoul Jeanjean   n’était pas pris, mais il a failli il s’était mis huit jours « au vert » quant à moi et au fait que j’étais peu à Lyon, ils n’ont jamais pu me suivre, car je ne suis jamais rentrée chez moi en ligne droite. J’habitais Villeurbanne une maison dont la concierge était en étage, sans contrôle. Ma chambre a d’ailleurs servi après mon départ 6 mois après à Juliette Dubois dont je récupérais à  Paris la sienne du côté de l’avenue Kléber en attendant que j’en trouve une autre.

 

Revenons à fin février mars 1941 la situation devenait vraiment difficile. Je reçois ordre de Jeanjean de grimper sur Limoges et d’y chercher de quoi loger 3 ou 4 gars.

 

Je demande à Jeanjean si je dois trouver une piaule pour lui. Il me dit que non. Je prends rendez-vous avec Claudine sur Limoges pour 3 jours après.

 

 Je transmets à Claudine toutes les coordonnées de mes recherches et nous nous donnons rendez-vous vers la sortie de la ville le lendemain matin. Et ce lendemain, Claudine apparaît du terminus du tramway et me dit « Tu as lu les journaux ? » -Non – « Jean est arrêté ! » -« Ce n’est pas possible »- « Ce n’est pas possible ce couillon a été à l’hôtel avec ses propres papiers ! » J’étais d’autant plus sidérée qu’il était possesseur avec moi de faux tampons pour faire des fausses cartes et d’autre part il avait refusé que je m’occupe de lui. Je ne connaissais pas non plus l’identité véritable de Jean donc même si j’avais lu le journal, je n’aurai rien compris. D’autant que c’est la communication par routine à la presse à 23 ou 24 heures qui la fit imprimer à la dernière édition dans le journal. La Police Judiciaire était furieuse. Claudine me dit « retour immédiat sur Lyon. D’ailleurs Limoges est trop petit, on se retrouve tous depuis 48 heures dans cette ville. Les flics arrivent. Ne prend pas le train à la gare. Fais comme à Lyon » (C’est à dire sortir à pieds comme si on allait au prochain village, prendre des cars et rattraper le train omnibus pour arrêter aussi avant Lyon et rentrer de la même façon par des cars et des tramways.

 

Une fois à Lyon il fallut aviser :

 

1)    Assurer la sécurité de Victor, ça devenait de plus en plus dur

2)    Prévenir Paris.

 

Je proposais d’aller chercher mon père et de lui faire louer 2 villas pour son « neveu » - C’est ainsi que je montais raconter tout en détail à A. Dalidet, qui me passa un « savon » pendant 2 heures dans une arrière salle d’un café de l’avenue de Breteuil. Je devais avoir tellement changé de visage qu’à un moment il s’en rendit compte. « Mais tout cela ce n’est pas à toi que je le dis c’est pour toi que je le dis. La leçon que vous – que nous venons de recevoir sera lourde à payer. Il faut enfin avoir de réelles mesures de sécurité. C’est maintenant pour toute la France qu’il faut faire adopter ces mesures. Vous êtes les premiers à trinquer – qui sera la suite ? » (Il faut dire hélas que la même méthode, exactement la même, fut appliquée pour la première fois en zone Nord contre l’appareil du Comité central juste un  an après, avec des centaines de policiers pendant plusieurs semaines que cette fois ce fut lui, Cadras, Politzer, Danielle Casanova et tous les autres qui tombèrent !)

 

Il fut entendu que je descendrai mon père pour un mois, comme un petit négociant en filature, venu assurer le repos de son neveu gravement malade.

 

- Avant de me quitter Dalidet m’embrassa très fort en me disant « Dis aux copains qui restent combien  nous les aimons – soyez prudents » de la douche froide à la douche chaude ! Dalidet était le plus fraternel des hommes – vraiment il « aimait » les copains. En disant cela c’était aussi toute la chaude affection de Jacques et de Benoit (Duclos et Frachon ?) qu’il m’a fallait transmettre à Victor, à Claudine, à Monmousseau à tous les autres.

 

 Aussitôt dit, aussitôt fait, mon petit bonhomme de père de 1mètre 54, allait rejoindre son « grand neveu malade » à qui il allait assurer 2 belles villas bien tranquilles dans le Beaujolais, que j’avais été repéré.

 

Je me souviens surtout d’une - je ne sais si c’est à cause du piano, des toiles d’araignées ou de ce pivert frappeur.

 

Dans ce village du Beaujolais où il y avait encore (sans doute pas pour longtemps) des bouchées au chocolat chez le boulanger ! Du vrai beaujolais à avoir une trogne aussi belle que celle du garde champêtre de ce village. Un dernier coin encore heureux où allaient atterrir quatre déracinés, dont Victor Claudine et moi assez amers, plus mon père complètement déboussolé de toute l’aventure que je lui faisais vivre.

 

Imagine-toi « le père tranquille » ! Mais un père vraiment tranquille – Chef d’Ilot ! À Paris rue de Montreuil (pour les lumières et envoyer les gens à la cave en cas d’alerte !) (avec en plus une femme juive sans étoile et qui trichait du matin au soir, puisqu’elle allait partout où elle n’avait pas le droit d’aller – même à 100 kilomètres pour aller chercher des vivres  pour les clandestins !!)

 

 Le Parti lui avait dit de ne pas bouger à cause de moi et de ne pas faire parler de lui. Il s’était un peu pris au jeu – aussi en un mois : le passage clandestin de la ligne et tous les kilomètres à pieds de ce que mon système de passage nécessitait   - puis l’hôtel à Lyon et ces restaurants populaires qui nous faisaient réellement crever de faim avec de la salade de betterave et des quenelles de rien du tout ! Il avait déjà perdu 5 kg en 15 jours! Aussi le soir ou nous sommes entrés tous les quatre dans ce pays de cocagne du Beaujolais, si près d’où les gens en ville crevaient de faim, avec dans cette immense villa inhabitée depuis de nombreuses années, pleine d’araignées géantes, un magnifique piano, nous avons fait, pourquoi ne pas le dire, le soir, après tant de ménage, de fatigue et surtout le cœur si lourd, nous avons pris une de ces revanches de rigolade et de vie autour du piano. C’était une pose, un moment à ne penser à rien. Le pays était beau, la sécurité semblait nettement assurée pour Victor, si il  voulait bien rester tranquille. Alors – alors nous avons joué au clair de lune avec …nos doigts de pieds Victor et moi : Claudine et papa étant de joyeux spectateurs. Le lendemain matin, j’allais donc remonter mon père et assurer la liaison. Mais de ma chambre j’entends un bruit répété, comme si quelqu’un au dehors tapait à la machine. J’alerte Claudine. Invraisemblable qu’à la ferme à côté, il y ait une planque que nous ignorerions et d’où l’on taperait à la machine. Nous voilà un moment en plein désarroi à nouveau sur un autre qui vive qui serait une guigne, car il faudrait alors rechercher encore une autre villa à peine y être entrés.

 

 Mon père tôt levé était allé faire un petit tour de balade dans la campagne alentour. Nous lui disons notre souci, ce bruit de machine à écrire si près de nous. Il ressort, lève les yeux et nous dit : « regarde là dans l’arbre ta machine à écrire ! » C’était un beau pivert qui tapait consciencieusement sur le tronc. C’est ainsi que nous vîmes pour la première fois un pivert. Ce fut le premier, mais ce ne fut pas le seul animal à me faire passer de mauvais quart d’heures. Quelques mois après, pour mon dernier passage de la ligne, un cheval derrière une haie, la nuit qui toussait comme un homme et pour lequel j’avais confondu les bruits de sabots à des bruits de bottes m’a fait passer deux heures accroupie derrière  une autre haie, juste en face. J’y serais encore s’il ne s’était mis à hennir enfin !!

 

Au voyage retour de mon père je devais apprendre par la camarade de Montceau, les mêmes histoires que « ce vieux copain si gentil et si doux lui avait raconté, qu’il avait bien de la peine car il ne serait jamais « grand-père ». En me disant cela, elle ne se doutait pas un instant que c’était mon père qui s’était un moment confié à elle, qui ne le connaissait pas et qu’elle ne reverrait jamais.

 

Venait enfin le 22 juin 1941 l’attaque d’Hitler contre l’URSS. J’étais en route pour la Suisse quand la nouvelle arriva. Je pensais qu’il fallait accélérer cette mission au plus vite. Lorsque j’entends Tollet raconter comment déjà arrêté, ils avaient appris cette nouvelle comme un moment nouveau dont viendrait la victoire. Je mesure combien en zone Sud nous l’avons ressenti toute l’équipe, comme un drame brutal, c’est à ce moment que nous avons mesuré dans notre chair ce que représentait l’URSS, la Patrie du Socialisme, la bête s’attaquait à ce qui représentait tous nos rêves, la justification du possible des luttes de notre vie. C’était un peu, comme si on avait attaqué notre mère, quelqu’un de vivant très cher. Si j’ai ressenti ainsi la nouvelle imagine ce que cela a pu être pour Victor qui connaissait bien l’URSS. Rien ne put le convaincre de rester dans sa planque à écrire, envoyer des directives. Rien ni personne ni Claudine. Il était responsable, il devait aller expliquer. Nous lui avons rétorqué que jusqu’alors nous avions été capables de faire les liaisons et d’expliquer. Rien n’y fit. C’est  lui qui devait prendre cette fois contact avec les responsables des régions et inter-régions. Personne ne le remplacerait. Le lendemain de son départ de Lyon, il était arrêté – et c’est là qu’il faut replacer l’histoire des radiographies et son internement.

 

C’était fini aussi pour nous de la zone Sud. Ordre arriva de nous faire remonter Claudine et moi. Nous passions définitivement la ligne le 5 août 1941 : La bataille de la zone Nord allait commencer, mais cette fois au service  des Comités féminins clandestins de la résistance."

 

Josette Cothias Dumeix

 

 

 

[1]  Laurent Casanova

[2] Jeannette Vermeersch épouse Thorez – Marie-Claude Vaillant-Couturier

 

 

 

 

 

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