Claudine Jenny CHOMAT 1915/1995
Ses photos, ses discours, son parcours.

 

 

 

 

       

Née dans une famille très modeste, orpheline très tôt, Claudine s’est très vite engagée dans la vie politique, tout d’abord aux Jeunesses Communistes.

Malgré son jeune âge elle eut très vite des responsabilités.

Elle « monte » à Paris à la demande du Parti Communiste. Elle épouse Victor MICHAUT en 1937.

Tout en créant avec Danielle CASANOVA, Marie-Claude VAILLANT-COUTURIER et Jeannette VERMEERSCH l’UNION des JEUNES FILLES de France, elle lutte contre la guerre d’Espagne puis s’engage dans la Résistance dès 1939. Elle y luttera dans l’illégalité jusqu’à la Libération en 1945. Notamment en favorisant la coordination de l’action clandestine entre la Zone Nord (occupée) et la Zone Sud (« libre »). Elle a pris ainsi de très gros risques.

Après la guerre ce fut la création de l’UNION des FEMMES FRANCAISES, et parallèlement des responsabilités au sein du Comité Central du PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS.


En 1961 elle quitte le Parti à la suite de l’éviction de Laurent CASANOVA (son second mari épousé en 1948) et à cause de ses propres divergences avec le Parti.

 

A partir de là elle travaille dans le privé comme comptable son premier métier.

 

Claudine est restée fidèle au PCF jusqu’à sa mort (ainsi que Laurent) et a demandé que l’on inscrive son appartenance politique sur sa tombe.

Moi-même , j’ai tenu à rassembler les témoignages de sa vie militante et de sa vie.

J’ajoute que mon prénom est celui de ma marraine Marie-Claude VAILLANT-COUTURIER

 

Beaucoup des documents de ce récit, et bien d’autres ont été donnés au Musée de la Résistance Nationale de Champigny selon le désir de Claudine.

 

 

        Claudine Jenny CHOMAT, 1915/1995, épouse Victor MICHAUT puis Laurent CASANOVA.  

 

 

 

Claudine enfant et sa famille

Jean-Marie CHOMAT

Son père Jean-Marie CHOMAT était mineur. Il faisait partie de l’Amicale Laïque du quartier le plus pauvre de la ville nommé curieusement « Le quartier du Soleil ». C’est au Soleil que vécut Claudine jusqu’en 1934.

 

La famille de Claudine

Claudine la plus jeune de la fratrie est assise sur les genoux de sa maman - Son  frère l'ainé Jean-Marie à l'arrière au milieu,  sa soeur  Jeanne à droite et  et Julienne à côté tenue à l'épaule par Jeanne

Philomène la maman

 A la mort du père

Philomène, culottière ne pouvant subvenir aux besoins de ses enfants a tenu un café. Elle est morte quand Claudine avait 5 ans.

        

Biographie

 

 

 

Après avoir obtenu son CEP - étant parmi les meilleures élèves de ce quartier pauvre elle est prise en charge pour ses études -, pendant trois années à la section commerciale de l'École pratique de commerce et d'industrie où elle obtient le diplôme d'aptitudes commerciales.

Claudine commençe à travailler en juillet 1930 comme sténodactylo dans un magasin de pièces pour automobiles puis chez un fabriquant de rubans qui la licencie pour son appartenance à une organisation ouvrière de pratique théâtrale (FTOF). Après quatre mois de chômage durant lesquels  elle eut la possibilité d'aider des organisations par des travaux dactylographiques comme  le SRI (Secours Rouge International), elle fest quelque temps chez un patron (matériel électrique) sympathisant, puis ayant écrit au préfet, en tant que pupille de la nation, elle fut admise le 29 juillet 1932 au service départemental des Assurances sociales comme sténodactylo.

Elle adhére à la Jeunesse communiste en 1931 et est nommée, dès décembre 1932, secrétaire du rayon des JC de Saint-Étienne,  Ensuite secrétaire des JC de la Loire jusqu'en avril 1934. Le 11 mai 1934, elle entre à l'École léniniste internationale à Moscou jusqu'en mai 1935.

 A son retour, trésorière de la Fédération des JC et entre au Comité central des JC au VIIIe congrès des 19-22 mars 1936 de Marseille. Chargée avec Danielle CASANOVA de la création de l'Union des jeunes filles de France dont elle fut secrétaire à l'organisation au 1er congrès de décembre 1936 (D. Casanova étant secrétaire générale). En 1937 elle épouse  Victor MICHAUT, membre du Comité Central du Parti Communiste Français.

Claudine CHOMAT-MICHAUT fit partie du groupe de militantes qui, à la fin de l'année 1939 et en 1940, par un travail clandestin intense, permirent au Parti communiste de se réorganiser en renouant le contact entre le secrétariat et les dirigeants éparpillés par la mobilisation et la répression. Par elle, Laurent Casanova -- qu'elle épousera après la guerre, en secondes noces --, évadé d'Allemagne en avril 1942, put se mettre à la disposition du PCF.

Claudine CHOMAT-MICHAUT  part  à Toulouse où elle établit la réorganisation et la liaison entre la zone sud et la zone nord; ellet commençe à s'occuper avec Josette COTHIAS du mouvement féminin clandestin.

 Elle revient à Paris le 4 août 1941, dirige les comités clandestins après l'arrestation de Danielle CASANOVA depuis mars 42. En liaison avec Maria RABATE et Jean LAFFITE qui fut arrêté le14 mai 1942,  puis avec Robert BALLANGER et Auguste LECOEUR en 1944.

 Les Comités féminins de résistance qu'elle dirigea depuis 1941donnèrent naissance à l'Union des Femmes Françaises dont elle fut élue secrétaire générale à la Libération.

Elue membre suppléant aux Xe et XIe congrès nationaux du PCF en 1950 et 1959. Pendant l'hiver 1947, elle suit l' École centrale du PC de quatre mois.

 Malgré les liens d'amitiés qui  les unissaient, elle se heurte à Jeannette VERMEERSCH (vers 1956) qui n'appréciait pas ses propositions novatrices sur le contrôle des naissances. Claudine luttait (notamment au sein de l'Union des Femmes Françaises qu'elle avait participé à créer et dont elle a été la secrétaire générale dès la fin de la guerre du fait de son activité auprès des femmes dans l'illégalité, et à la suite de la fondation de l’Union des Jeunes Filles de France fondée par Danielle CASANOVA, Claudine CHOMAT, Marie-Claude VAILLANT-COUTURIER, Jeannette VERMEERSCH) pour la liberté des femmes de choisit librement leur maternité. Voici la position de Jeannette Vermeersch selon wikipedia : "En 1956, Jeannette Vermeersch, s'exprimant en tant que vice-présidente de l'Union des femmes françaises prend parti contre le "contrôle des naissances" : "Le « Birth control », la maternité volontaire, est un leurre pour les masses populaires, mais c'est une arme entre les mains de la bourgeoisie contre les lois sociales". Cette position va à l'encontre de celles de nombreux militants, notamment dans les milieux médicaux. Thorez prend parti pour Jeannette en condamnant les thèses de Claudine CHOMAT qu'il nomme « néo-malthusiennes ».

(Le néomalthusianisme est une actualisation de la doctrine de Thomas Malthus et de sa prise de conscience des ressources limitées de la Terre. Selon Malthus, la croissance démographique est beaucoup plus rapide que la croissance de la production alimentaire, ce qui nécessite une limitation de la natalité pour éviter les famines dues à la surpopulation. Les néomalthusiens font de cette limitation des naissances un droit et un devoir humain.) selon wikipedia.

 Elle fut écartée du Comité central en 1961, en même temps que Laurent Casanova  écarté du bureau politique.

 Reçut la Légion d'honneur en 1983 pour ses faits de Résistance.

Claudine a terminé sa vie assez seule entourée de ses précieux cartons contenant les archives de la Résistance qu'elle souhaitait voir aboutir dans le Musée de la Résistance Nationale de Champigny. Elle a demandé à sa fille de contacter Josette COTHIAS- DUMEX en qui elle avait une entière confiance. Les documents sont maintenant au MRN.(Certains sont reproduits ici)

Claudine est décédée le 15 octobre 1995 elle a tenu à ce que l'on grave sur sa tombe  à Ivry  - qu'elle a voulu le plus proche possible du Mur des Fédérés -  qu'elle avait été Communiste jusqu'à son dernier jour.

Lors de son décès, Robert HUE adressa un télégramme de condoléances à sa fille Marie-Claude, de même que Georges MARCHAIS qui disait notamment : " j'ai eu la chance de pouvoir l'apprécier et je garde le souvenir des décisions injustifiées qui furent prises il y a près de trente-cinq ans à son encontre et envers son compagnon, Laurent Casanova. Malgré tout cela, Tous deux restèrent attachés à leur parti et nous avons entretenu des relations très fraternelles jusqu'à leur dernier momenent.

 

Claudine enfant et jeune fille

 

 

 

 

 

La grand mère PAGAT

 

 

 

 

 

 

A la mort de la mère :

 

 

 

 

Ce fut la grand-mère Jeanne Marie PAGAT qui éleva tous les enfants. Cette grand-mère était une femme très soucieuse des autres : Le soir au sortir de l’école, elle n’hésitait pas à recoudre le bouton manquant d’un gamin.

Mais la vie était dure et Claudine qui achetait le pain devait le prendre bien rassis pour qu’il se mange moins vite.

Claudine Milite très tôt

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1933 : Fête de l’Avant-Garde « Organe de la Jeunesse Communiste » à Saint-Etienne(Loire)

 

 

 

 

 

1934, à l’école Internationale Léniniste de Moscou Claudine répond à des questions :

AUTOBIO Moscou 31 janvier 1934

 

CHOMAT Claudine Jenny

« Née à St Etienne le 7 février 1915 mon père est mort à la guerre en septembre 1914, nous tenions alors un café et ma mère avait 3 enfants  et moi en attente. Elle est morte 5 ans après ma naissance et c’est ma grand-mère qui nous a élevé tous les 4. Nous avons quitté le café et nous vivions de nos propres ressources à part les pensions de pupilles. J’appartiens aux  JC je suis aux jeunesses depuis le mois de juin.

En 1932 Je suis secrétaire de rayon des JC de St Etienne 6 mois après mon adhésion c’est à dire au mois de décembre on m’a demandé à la direction, non parce que politiquement j’étais forte – non parce que je ne l’étais pas – mais il n’y avait pas beaucoup de copains. Actuellement je travaille au Service Départemental des Associations Sociales à St Etienne 24 rue Georges Tessier depuis le 29 juillet 1932 – en pratique je suis sténo dactylo.

Ayant fait 3 années d’école Pratique de Commerce et d’Industrie j’ai commencé à travailler  en juillet 1930 toujours comme sténo dactylo, ma première place a été chez Girard et Basset magasin de pièces automobiles. Ensuite chez un fabricant de rubans où j’ai été renvoyée, le patron ayant découvert que j’appartenais  à la FCDT (dès les premiers temps où je suis entrée dans les organisations). Je suis restée 4 mois chômeuse – ce qui m’a permis d’aider les organisations telle le SRJ pour le travail pratique (dactylographie …etc) et ensuite chez un patron sympathisant (électricité) .

Entre temps j’avais écrit au préfet une lettre d’admission aux assurances  sociales  comme étant pupille de la nation – et j’ai été admise le 29 juillet 1932. Actuellement je gagne 24 frs par jour. D’autre part j’ai d’autres ressources  je touche la pension de ma mère 720 frs tous les 3 mois jusqu’à 21 ans.

Après avoir obtenu  mon certificat d’études bien que ma grand-mère n’était pas riche nous sommes restées ma sœur et moi 3 années à l’école pratique de Commerce et d’Industrie. J’étais dans la section commerciale et ais obtenu le diplôme d’aptitudes commerciales.

 

 

 

 

 

 

 

26 décembre 1936

 

1er Congrès de l'Union des Jeunes Filles de France

 

 

 

(Union des Jeunes Filles de France) 26 décembre 1936 : de gauche à droite : Claudine CHOMAT, Martha DESRUMAUX , Danielle CASANOVA, Jeannette VERMEERSCH.

 

 

 

 

 

 

 

1936

Claudine CHOMAT au micro lors du 1er Congrès UJFF

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Manifestation de l’Union des Jeunes Filles de France : de droite à gauche : Danielle CASANOVA, Jeannette VERMEERSCH, Claudine CHOMAT

 

 

 

 

 

 

1937, Barcelone, lutte contre la guerre d'espagne

 

Claudine (à droite) à Barcelone avec des amies espagnoles, faisait partie  d’une délégation UJFF apportant du lait collecté pour les petits espagnols.

 

 

 

 

 

 

 

1937 Cimetière de Barcelone, en hommag aux victimes de FRANCO

Claudine 2ème  à gauche

 

1938 badges et photos

1939

Dernier Congrès de l'Union des Jeunes Filles de France

 

 

 

 

 

 

 

 

de G à D :

Jeannette VERMERSH,, Danielle CASANOVA, Claudine CHOMAT (à l'époque Claudine MICHAUT

 

 

 

 

 

 

De G à D : Danielle CASANOVA, Jeannette VERMEERSCH au micro, Marcel CACHIN, Claudine CHOMAT

 

 

 

 

 

Claudine à côté de Marcel CACHIN et au micro Congrès UJFF 1939

 

<< Nouvelle zone de texte >>

Autobiographie du 30 avril 1939, à l’école Internationale Léniniste de Moscou (suite à celle de 1934)

"J’ai été déléguée au congrès d’Arles en 1937 et à la conférence de Montreuil en 1938 et à la conférence de Genevilliers en janvier 1939 – mais chaque fois j’ai été déléguée par l’UJFF.

Pour le moment je travaille uniquement à l’Union des Jeunes Filles de France. C’est la direction de la Jeunesse Communiste qui m’a confié cette tâche.

J’ai tenu la trésorerie de la Jeunesse Communiste jusqu’à fin décembre. En ce moment je tiens la trésorerie des Jeunes Filles avec notre camarade dactylo Henriette Feuillet."

 

Objets faits à la prison de Romainville offerts par Danielle CASANOVA pour la fille de Claudine

Claudine Résitante dans la clandestinité

 

 

 

Durant toute la guerre elle vit dans l’illégalité à Paris et en Province. Chargée notamment de l’organisation de la lutte contre l’envahisseur et le Gouvernement de Vichy en zone Sud et zone Nord. Elle n’a jamais été arrêtée. On peut l’expliquer par ses qualités d’organisation, sa prudence y compris à ne pas rencontrer sa famille, ainsi que par son aspect de jeunette qui trompait l’ennemi.

A ce sujet je souhaite raconter une anecdote que m’a relatée Josette COTHIAS-DUMEX son amie et compagne de lutte qui lui est restée chère et fidèle jusqu’à son dernier jour :

« Un matin à l’aube la police française se positionnait pour arrêter « une dangereuse terroriste ». Ils virent sortir une toute jeune fille en robe de chambre, avec un pot à lait à la main et un fichu sur la tête …elle ne devait bien entendu pas être la terroriste qu’ils devaient arrêter ! C’était pourtant Claudine qui a traversé le cordon de police calmement. Elle a dit plus tard à Josette « Ouf j’ai eu chaud »

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Sans voir sa famille, elle a vécu sous de fausses identités changeant souvent de lieux de vie. Le minimum de sécurité consistait à ce qu’aucun résistant communiste ne connaisse l’identité complète des uns et des autres.

Quelques exemples "Vrais faux papiers"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carnet de Rendez-Vous Clandestins

 

Quelques cartes et tickets d’achats utilisés pendant la guerre :

 

 

 

 

 

 

1944 Claudine CHOMAT-MICHAUT

Membre du Comité Parisien de la Libération

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1945

la LIBERATION !!

 

 

Claudine sur les Champs Élysée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1945   

1er Congrès de l’Union des Femmes Françaises

Du 17  au 21 Juin 1945

 

Rapport de Claudine MICHAUT (Chomat)

Fondatrice

 

Avant - propos

L’UNION DES FEMMES FRANÇAISES a tenu à Paris du 17 au 21 Juin son 1er Congrès National. 2.500 déléguées venues de toutes nos provinces représentant 1 million d’adhérentes, pendant 5 jours, ont suivi, dans l’enthousiasme, les travaux du Congrès et les différentes manifestations qui l’accompagnaient, inauguration à Villejuif du dispensaire Danielle CASANOVA, présidente d’honneur de l’U. F. F., manifestation féminine artistique en l’honneur des déportées aux ARÈNES DE LUTÈCE, vernissage de l’exposition « LA FEMME AU TRAVAIL ».

Assemblée inoubliable que les déléguées des pays amis : Union Soviétique, Angleterre, Yougoslavie, Belgique, Italie, ainsi que la PASIONARIA et Victoria KENT, représentant l’Espagne Républicaine, honorèrent  de leur présence, et au cours de laquelle s’affirma la volonté ardente des femmes de tous les pays de lutter ensemble pour l’anéantissement total du fascisme.

Le Congrès fut dominé par le rapport de Claudine MICHAUT que nous reproduisons ici et qui après avoir évoqué ce que fut la lutte des femmes françaises, traça les tâches d’aujourd’hui : être mère de famille honnête, travailleuse de qualité, citoyenne consciente de l’intérêt national.

Claudine MICHAUT malgré sa jeunesse a déjà une longue expérience de militante dirigeante.

En février 1934 alors qu’elle n’avait pas 20 ans, venue à Paris à l’occasion d’un congrès des jeunes, elle tomba en pleine émeute ; malgré la consigne sévère donnée à la délégation de ne pas se disperser, elle s’échappa. C’est à minuit que l’un de ses compagnons la retrouva rue Lepic exténuée, du sang sur son manteau. Notre Claudine s’était battue contre les fascistes.

Cet épisode de jeunesse caractérise son intrépidité.

En 1936, elle fonda et dirigea au côté de Jeannette VERMEERSCH et de notre chère Danielle CASANOVA, l’UNION DES JEUNES FILLES DE FRANCE, ce mouvement plein d’espérance qui donna à la France tant de glorieuses martyrs et d’admirables héroïnes. Au lendemain de l’occupation Claudine MICHAUT mit son ardeur juvénile, ses capacités de militante au service de la résistance. Elle organisa les femmes dans la Région Parisienne, et devait devenir au début de l’année 1944 la dirigeante de l’UNION DES FEMMES FRANÇAISES.

Sa jeunesse n’enlève rien à son autorité. Sa sensibilité généreuse va de pair avec une grande fermeté. Elle est l’âme, l’animatrice infatigable de notre mouvement : grâce à son sens politique, à sa hardiesse, à sa faculté de découvrir les aptitudes des unes et des autres au don qu’elle a de susciter l’enthousiasme, elle a su faire de l’UNION DES FEMMES FRANÇAISES, le large mouvement plein d’allant et d’avenir qu’il est au lendemain du 1er Congrès National.

 

Introduction

C’est pour nous une joie immense de nous trouver toutes réunies dans cette salle de la Mutualité pour la tenue  du 1er Congrès de l’UNION DES FEMMES FRANÇAISES.

Ce congrès se déroule au lendemain de la victoire de la Démocratie sur les forces du fascisme international, victoire acquise au prix de longues années de souffrances.

Exprimons d’abord notre fierté émue à l’Armée Française renaissante, forgée dans les combats.

Une reconnaissance infinie monte de nos cœurs vers nos grands Alliés anglo-américains dont les valeureux soldats se sont battus sur notre sol. Vers la puissante Union  Soviétique dont l’héroïque mais douloureux effort a été décisif dans l’œuvre commune de la Victoire.

Nous saluons avec émotion et gratitude nos sœurs déportées qui, après leur long martyr, sont aujourd’hui parmi nous.

En même temps nous saluons avec affection nos sœurs des autres pays ici présentes.

Nous saluons nos sœurs d’Espagne, de cette terre que Franco continue d’opprimer  et que nous aiderons de tout notre cœur à se libérer du fascisme.

Nous saluons nos sœurs de YOUGOSLAVIE, vaillantes combattantes de la glorieuse armée de TITO.

Nous saluons nos sœurs de Belgique, compagnes fidèles de la France républicaine et si proches de nous.

Nous saluons nos sœurs ITALIENNES. Dans une lettre elles nous disaient : « Une des chose à laquelle nous tenons le plus c’est à l’amitié de nos deux peuples, qu’un geste criminel a rendu pour un moment ennemis. Le peuple Italien n’a jamais été hostile à la France et de cela peuvent en témoigner nos soldats qui ont fait la campagne d’Italie »

Nous saluons  nos sœurs d’ANGLETERRE, vaillantes combattantes elles aussi à l’usine et au front. Sœurs fidèles que nous avons trouvées dans le malheur et qui déjà, lors de la JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES ont affirmé leur volonté de continuer le combat pour la Liberté et la Paix.

Nous saluons nos sœurs de la noble UNION SOVIÉTIQUE, sœurs devenues très proches dans le malheur, sœurs dont les vertus exaltèrent chez nous le courage aux heures sombre, sœurs et mères de ces 7 millions de soldats inégalables, morts pour la liberté et l’honneur de tous les peuples.

Dans un télégramme adressé au nom du Comité Antifasciste des femmes soviétiques par sa Présidente Mme GRIZOUDOBVA à Mme Jeannette VERMEERSCH pour l’UNION DES FEMMES FRANÇAISES, elles nous lançaient un appel pour l’étroite fraternité des femmes soviétiques et des femmes de France, pour contribuer à la consolidation de la paix et à la prospérité des peuples.

Nous, femmes si cruellement meurtries par la guerre que nous haïssons, nous voulons que cette haine se transforme  en une volonté ardente  de bâtir une paix solide.

Nous voulons dans la fraternité retrouvée, unir pour la ronde de la Paix, toutes les femmes de tous les pays épris de liberté, de démocratie et de paix.

Nous les chargeons, au nom de notre peuple, au nom des millions de Françaises, de rapporter chez elles les témoignages de notre gratitude.

Les femmes françaises comprennent mieux que quiconque les nécessités impérieuses de l’entente entre les grands Alliés pour empêcher le retour de la guerre.

Nous ne voulons pas que rivalités et désunion se glissent entre ceux que la lutte a unis.

Nous demandons que notre Pays fasse tout pour aider à sauvegarder l’entente nécessaire entre les démocraties victorieuses.

Nous souhaitons que les Nations victorieuses restent vigilantes à l’égard de l’ALLEMAGNE vaincue, tant que les restes du fascisme ne seront pas écrasés sans rémission partout dans le monde.

Les femmes veulent que la sécurité de notre sol soit garantie et la paix assurée.

Voilà pourquoi nous demandons que notre Pays mette sa bonne foi et une Armée puissante au service de l’entreprise de sécurité internationale que les Nations Unies étudient à SAN-FRANCISCO.

Voilà pourquoi au nom de nos foyers et de l’avenir de nos enfants, nous demandons que la France ait une grande Armée nationale et démocratique et non une petite armée de métier.

Nous disons à nos sœurs venues des autres pays de rapporter chez elles que les femmes de France feront tout pour obtenir que la France reste fidèle à ses alliances et prête à donner sa part, contre les forces d’agression si elles relèvent la tête.

Prêtes à tout faire pour frapper la guerre avant que le fléau n’ait ravagé le monde.

Parce que les femmes ont réfléchi sur ce fléau qui s’est passé depuis 1933 où Hitler vint au pouvoir, jusqu’en 1939, où il commença la guerre.

Nous ferons tout pour empêcher de nouvelles capitulations comme celle de MUNICH, car nous savons trop ce que coûte la lâcheté.

Nous prions nos sœurs des autres Pays de donner à leurs grands peuples l’assurance que les Femmes Françaises s’efforceront toujours de rester fidèles à l’enseignement de ces années terribles.

LES DROITS ET LES DEVOIRS DELA FEMME

Les Femmes ont souffert et lutté

Les Femmes Françaises ont tellement souffert quand, après la « drôle de guerre » qui l’avait préparé, est venu le coup que l’ennemi voulait mortel. Nous avons honte de penser que Hitler ait pu trouver chez nous avant 1939, tant de complices, qui par haine du progrès et de la liberté, étaient devenusdes traîtres.

Les centaines de milliers de Françaises que ces traîtres ont arraché à leurs foyers pour les jeter sur les routes, gardent un souvenir atroce des scènes de l’exode.

Puis ce fut le douloureux calvaire de l’oppression étrangère aggravée par la trahison nationale :

ü  1.500.000 prisonniers de guerre ;

ü  600.000 déportés politiques ;

ü  175.000 fusillés.

Un million d’enfants morts, les misères et les malheurs entraînés par l’occupation.

Des centaines de milliers de patriotes jetés dans les prisons et les camps de concentration en France.

Des centaines de milliers d’hommes et de femmes contraints au travail forcé en Allemagne sous les bombes. 

Combien de femmes françaises ont vécu seules dans l’angoiss et les tourments auprès de leurs enfants qui avaient faim.

Combien d’autres qui attendaient avec inquiétude la rentrée du père quand avaient lieu les rafles monstres dans les grandes villes.

Combien d’autres qui tremblaient pour le fils, le mari, devenus réfractaires, partis vers le maquis avec les Francs-Tireurs et Partisans, ou avec les Corps-Francs.

Oui ce sont les femmes qui ont le plus souffert.

Ce sont les femmes qui ont supporté la charge la plus lourde.

***

Pour sauver leur vie et celle de leurs enfants, elles ont pris conscience qu’il était nécessaire de soutenir ceux qui luttaient contre l’ennemi et les traîtres.

Elles ont compris que la lutte était la seule issue possible et des milliers d’entre elles sont entrées dans le combat.

Pas un jour ne s’est passé en zone Sud comme en zone Nord, sans que les femmes protestent, signent des pétitions, fassent des délégations aux pouvoirs publics, manifestent.

Nous ne pouvons que donner quelques exemples de ces actions, les citer toutes est impossible.

A Paris, rue de Buci, les femmes s’emparent d’un stock de denrées. A leur tête est Madeleine MARZIN, condamnée ensuite à mort, mais qui a pu échapper aux griffes de la Gestapo en gare Montparnasse.

Rue Daguerre, Lise RICOL harangue les femmes.

Dans un seul arrondissement, une pétition contre la fermeture des boulangeries, recueille 28.000 signatures.

A la MURE, les femmes descendent dans la mine et empêchent la reprise du travail jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites.

Manifestation de 10.000 femmes à NICE, le 9 avril 1943, de 30.000 à MARSEILLE en juin 1944. Manifestations dans toute la France.

Et la veille de l’insurrection parisienne de grandes manifestations de ménagères se déroulent dans de nombreux qurtiers de Paris, Strasbourg St-Denis, à Belleville, rue Nationale, rue du Commerce.

A l’humiliation de voir leurs compagnons traités en esclaves, les femmes préfèrent l’honneur du combat contre les négriers.

A MONTLUÇON, le 6 janvier 1943, premier exemple, bientôt suivi d’autres, de résistance massive et décidée aux ordres de Vichy : les femmes, jeunes filles, se couchent sur les  rails et empêchent les trains de partir.

Les femmes n’ont pas cessé de témoigner leur tendresse et leur sollicitude aux familles cruellement endeuillées ou aux familles dans le besoin.

Elles ont été aussi les marraines fidèles des combattants sans uniforme, et même elles n’ont pas hésité à frapper comme eux, partout où il était possible d’atteindre l’ennemi.

Dans les maquis et aux côtés des partisans, des héroïnes, exaltaient l’ardeur des combattants et accomplissaient des missions périlleuses.

Elles ont été magnifiques, nos Partisanes !

Et nombreuses sont celles qui, dans ce combat, ont donné leur vie.

Gilberte LAVAIRE, « Nicole », était agent de liaison du Colonel FABIEN. Arrêtée, torturée par la Milice, s’est évadée, a rejoint FABIEN et combattu à ses côtés pendant l’Insurrection Nationale.

Nicole est morte à son poste en  décembre 1944, sur le front, décorée de la Croix de Guerre.

Henriette DUMUIN, ménagère d’Amiens, sous-lieutenant FTPF agent de liaison du maquis de la Loire, fut tuée par les boches le 26 août 1944 au retour d’une misssion.

Anne-Marie MENU de l’Allier, bien connue des FTPF sous le nom de Madame BENEVOLE, est morte affreusement torturée.

Au moment de l’Insurrection Nationale, lorsque enfin apparut la possibilité d’en finir avec l’envahisseur maudit, cause de toutes nos souffrances, les femmes aidèrent de toutes leurs forces à la libération du Pays : dans toute la France, elles furent présentes aux côtés des combattants.

A TOULOUSE, elles forcèrent les portes des prisons pour délivrer les patriotes.

A PARIS, dans la glorieuse Insurrecton Parisienne, elles jouèrent un grand rôle ; le colonel ROL-TANGUY leur a rendu hommage en disant :

« Sans elles, la moitié de notre travail aurait été impossible. »

Elles ont aidé à dresser les barricades, elles ont ravitaillé les combattants, assuré leurs liaisoons, elles ont combattu elles-mêmes.

Depuis la libération, les femmes n’ont pas cessé d’aider, de choyer nos soldats.Le bilan de l’œuvre accomplie par les « AMIES DU FRONT » ne peut être donné entièrement ni même établi avec certitude, car, si naturelle aux femmes est cette activité, que nos amies oublient de nous faire part de leurs réalisations.

Disons seulement à titre d’indication que dans le 1er trimestre de 1945, 55 départements ont organisé des collectes dont le total s’élève à 6.652.000 francs environ, ont expédié plus de 16.000 colis et fait partir sur le front 70 camions.

25 départements ont marrainé des soldats des compagnies, des bataillons de brigades.

ü  Huit départements ont créé des Foyers ;

ü  Six maisons de convalescence ;

ü  Quatorze départements ont ouvert des ouvroirs.

Dans d’autres départements, les ouvrières des Usines ont fait gratuitement des heures supplémentaires pour confectionner : canadiennes, moufles, gilets, etc…

***

Ainsi les femmes, poussées par la souffrance et comprenant la nécessité du combat, sont entrées en masse dans la voie de l’action politique.

Après 1936, les femmes de notre Peuple : ouvrières, paysannes, travailleuses, intellectuelles, avaient commencé à entrevoir la possibilité d’une vie meilleure, puis le malheur s’est abbatu sur la France, et c’est seulement après la longue et douloureuse expérience de ces années qu’elles ont compris d’où venait la mal quand elles ont vu les traîtres à l’œuvre.

Les femmes ont appris à ne pas séparer la sécurité de leur foyer de la sécurité du Pays, à ne pas séparer le bonheur de leur foyer et les  joies de la vie libre, du bonheur et de la liberté de la Nation.

Elles ont appris à haïr de toute leur  âme les forces du mal incarnées par le fascisme.

Les veuves et orphelins des victimes de cette guerre haïssent le fascisme.

Les mères d’ORADOUR S/GLANE, les mères d’ASQ et toutes les mères françaises haïssent le fascisme assassin.

Les mères des départements du Midi, haïssent le fascisme : dans ces départements qui ont été particulièrement sous-alimentés, la mortalité par tuberculose a augmenté depuis 1939 de 38% dans le Vaucluse, 69% dans le Var, 74% dans les Bouches-du-Rhône.

Les familles israélites haïssent la fascisme, car des milliers de familles et d’enfants ont dsiparu. Les enfants survivants des fours crématoires, non seulement nous reviennent déficients, mais avec une moralité dont on ose à peine croire la réalité, tant l’exemple de la bestialité et la souillure mentale des nazis ont laissé des traces dans l’âme fragile de ces innocentes victimes.

Les nazis ont pillé, volé, incendié partout où ils sont passés. Ils ont massacré par millions des hommes, des enfants, des femmes désarmés et innocents de tout crime. Ils ont assassiné torturé des savants, des philosophes, des écrivains ; HALBWACHS, Jacques SOLOMON, Georges POLITZER, Jacques DECOU, MASPERO, Victor BASCH et sa femme, Georges BRUHAT, Marc BLOCH, HOLWECK.

Avec l’aide de traître comme Abel BONNARD, ils ont essayé de corrompre et d’avilir l’âme des enfants, de dégrader l’enseignement français.

Ils ont fait appel aux gens de la Milice pour protéger leurs intérêts.

Ils ont créé le marché noir et l’immoralité dans notre Pays.

Ils ont cherché à ruiner la famille, à anéantir des peuples entiers.

Le peuple allemand est bien coupable d’avoir lié jusqu’au bout son sort à celui des bandits fascistes.

Il est juste que les Allemands réparent par leur travail ce qu’ils ont détruit partout.

Les criminels de guerre doivent être châtiés sans délai et impitoyablement. Pas de longues procédures pour des bandits comme GOERING, DOENITZ et tous leurs complices.

Nous pensons aussi que les prisonniers allemands ne doivent pas être traités comme des soldats courageux, mais comme des prisonniers qui doivent réparer au moins ce qui peut être réparé du mal qu’ils ont fait.

Ils doivent être traités comme des prisonniers et non comme d’honnêtes citoyens.

A DUNKERQUE, jusqu’à l’installation de la nouvelle municipalité élue aux dernières élections, les Allemands touchaient par jour : 500 grs de pain, 50 grs de matières grasses, 50 grs de saucisson, 100 grs de viande, et ils disposaient de tout la cheptel y compris des vaches laitières.

Les mineurs du PAS-DE-CALAIS protestent contre le fait que les prisonniers allemands touchent la même ration de beurre que les les mineurs français ; le mineur partage sa ration de beurre avec sa femme et ses enfants, tandis que l’Allemand tout tranquillement récupère ses forces avec les rations allouées.

Le Préfet de l’Aube vient de donner un exemple de la façon dont il faut traiter les Allemands.

Dernièrement, il a rassemblé des prisonniers devant les ruines de BUCHERES et leur a fait comprendre quelle lourde responsabilité pesait sur les épaules de chacun d’eux, coupable d’avoir participé à la destruction des villages sans défense.

Aujourd’hui, ils doivent reconstruire tout ce qu’ils ont détruit. Il n’y a pas de rachat possible en dehors de la justice.

En Allemagne, il s’agit d’effacer les empreintes du nazisme  dans la jeunesse allemande, et de soustraire l’enfance aux survivances du fascisme.

 

Les Femmes veulent que renaisse la France

 

Cette expérience acquise dans les larmes et le combat a imposé enfin la reconnaissance des droits politiques aux femmes.

Notre Congrès se déroule au moment où pour la première fois dans l’histoire du Pays on a vu apparaître les femmes françaises dans leur rôle de citoyennes.

Conscience de la part qu’elles ont prises et qu’elles peuvent encore prendre pour faire de notre France une grande Puissance, elles ont en avril 1945, nettement fait confiance aux Patriotes, aux antifascistes, aux républicains.

Elles se sont pronocées pour l’Unité démocratique et Nationale de notre Peuple contre la trahison.

Elles ont fait confiance aux candidats fidèles à la France, dont la patriotisme vérifié dans l’épreuve garantit l’honnêteté.

Les candidates de l’UNION DES FEMMES FRANÇAISES se sont présentées avec l’absolue certitude que les Français encourageraient  leurs efforts qu’elles mettent au service de toutes les femmes de France.

Elles ont eu raison d’avoir confiance, puisque dans 23 départements seulement : 518 conseillères UFF ont été élues.

Notre amie, Odette ROUX, dont le mari a été fusillé, a été désignée par toute la poplulation des Sables-d’Olonne, Maire de la municipalité.

Le régime exceptionnel de PARIS ne permettait pas à l’UFF de présenter des candidates sans porter atteinte à son unité intérieure, et aux intérêts de la France.

C’est donc d’après leur appartenance à des partis, que nos amies se sont présentées.

Il n’en reste pas moins que les Parisiennes ont fait preuve d’une grande perspicacité en élisant au Conseil Municipal de Paris, notre grand amie, Maria RABATE ; Madame MOCQUET, la maman du jeune Guy MOCQUET, fusillé à 17 ans par les Allemands à Chateaubriand ; Mme SAMPAIX, la veuve du grand patriote Lucien SAMPAIX, fusillé aussi par les Allemands ; Madleine MARZIN, notre Héroïne de la rue de Buci, et Hélène MUGNIER, militante active du département de la Seine.

***

Les femmes françaises ont signifié par leur vote qu’elles entendent rester vigilantes contre un retour des forces de la trhison. Car le fascisme et la trahison ont laissé des traces dans notre Pays, nous le constatons chaque jour.

La France arrive difficilement à respirer un air vivifiant d’honnêteté.

L’immortalité et la corruption de VICHY n’ont pas été sans toucher notre population.

Une terrible crise atteint atteint la santé morale de l’enfance et de l’adolescence.

Un chiffre suffira à en montrer la gravité :

En 1938, les Tribunaux d’enfants ont jugé à Paris 9.880 enfants ; en 1942, 35.000…

On vient de découvrir à Paris, voici quelques jours, une bande de 17 lycéenes de 13 à 17 ans qui avaient volé chez l’oncle de l’un d’entre eux 11 millions de billets de banque et 40 millions en livres streling et en dollars.

Les institutions créées par les hitlériens subsitent encore, et des hommes de Vichy restent en place dans les rouages de la vie économique.

Bien que l’armée hitlérienne soit écrasée, des forces économiques, des coalitions d’intérêts représentés par les trusts qui ont servi l’armée nazie et aidé les traîtres, demeurent.

Non, le fascisme n’a pas désarmé en France. Il manifeste son activité sous de multiples formes avouées ou camouflées.

Nous en décelons la présence partout où nous voyons des tentatives de division dresser les paysans contre les ouvriers, ou les ouvriers contre les paysans.

Tous ces efforts  tendent à empêcher  que se réalise l’union réelle et profonde des forces démocratiques, seul barrage au fascisme. A PARIS, le PSF a même tenté de réapparaître.

Vaine tentative ; la population du 13e eut vite fait de l’en empêcher.

Des troubles sont provoqués par des groupements d’inspiration hitlérienne, tels que le Fédération des Locataires de Bonne Foi, la Renaissance des Foyers Français, l’Union des Commerçants Industriels et Artisans Français…

Le Conseil des Ministres a pris un récent décret portant dissolution de ces trois groupements dont les dirigeants font l’objet d’une instruction judiciaire.

Les hitlériens déclenchent dans le pays une violente propagande antisémite. Ils ne songent même pas à changer leurs méthodes de calomnies et de division tant ils semblent certains d’être entendus et autorisés.

 

Comment ne seraient-ils pas sûrs d’eux quand ils voient la lenteur de l’épuration, quand ils voient les criminels reponsables de la mort de patriotes, grâciés et les patriotes poursuivis et …châtiés ?

A LILLE, le commissaire DOBBELAERE avait fait fusiller une dizaine de patriotes. Condamné à mort, il est grâcié.

A MAYRIEUX (arrondissement de Valenciennes) une cultivatrice, Madame SAMAIN, avait, pendant l’occupation hébergé des patriotes ; la veille de la libération elle avait caché 24 prisonniers soviétiques délivrés par un groupe de FFI dont son mari faisait partie, et elle-même fit 50 prisonniers allemands ; elle est condamnée à 50.000 francs d’amende parce qu’on a trouvé chez elle un révolver et un fusil.

Et on ne compte plus les amendes qui pleuvent sur les paysans coupables de ne pas avoir livré leurs produits aux réquisitions.

Mais à MARSEILLE, sur 25 condamnés à mort, 23 obtiennent leur grâce. Des hommes torturés par des Français rencontrent leurs tortionnaires en liberté et souvent encore dans leurs postes.

Ainsi, qu’attend-on pour juger le siniste MENEGAUX, ce juge d’instruction qui, conformément  au désir de Vichy, bâcla en 8 jours l’nstruction de l’affaire de la rue de Buci, complétant lui-même, afin de les accroître, les charges contre les accusés, refusant de noter les déclarations qui leur étaient favorables.

Tant de zèle, qui valut de l’avancement à MENEGAUX, aboutit à 4 condamnations à mort et maitenant le voici chef de service au Ministère de la Justice.

Les familles ayant récemment demandé la révision de ce jugement, l’une d’elles fut avisée qu’il n’y avait pas lieu à révision ! C’est grâce à l’émouvante et énergique intervention de notre amie Mathilde PERI à la Consultative, que la Cour de Paris annula le jugement.

Les paroles qu’elle prononça à cette occasion s’appliquent à bien d’autres cas :

« Est-ce que ces juges sont resté les mêmes ? » demanda-t-elle ; « dans ce cas, il faut les remplacer et ouvrir contre eux une instruction pour s’être mis au service de l’ennemi. Est-ce qu’ils ont été changé ? Dans ce cas, vous avez remplacé des vichystes par d’autres vichystes, et leur inculpation immédiate pour trahison s’impose. »

ESTEVA n’a pas été condamné à mort.

MAURRAS n’a pas été condamné à mort.

Le procès de PETAIN traîne en longueur…, PETAIN qui avait dit lui-même :

« je suis responsable devant les hommes et devant l’histoire. »

Les femmes françaises   accusent PETAIN d’être l’assassin de centaines de milliers de Français, elles demandent qu’il soit rapidement jugé et rapidement châtié.

Pas de pitié menteuse : tant que PETAIN vivra, ses tristes serviteurs pourront créer dans notre Pays un état d’insécurité et de trouble, et provoquer le sabotage afin de freiner l’effort de reconstruction.

Si l’on acceptait l’idée de cette déléguée d’ESCAUDIN (Nord) qui propose la constitution d’un Tribunal composé de femmes de fusillés, et de toutes les victimes de la guerre, alors le cchâtiment des traîtres serait prompt et exemplaire.

Saluons ici le courage de Mme BRECHET, femme d’un guillotiné, qui est venue à PARIS le 7 juin au procès des magistrats qui avaient accepté de former un Tribunal spécial dont la seule fonction était d’envoyer tous les patriotes à la mort.

Ce procès s’est déroulé dans une atmosphère d’indulgence révoltante.

Notre amie, conseillère à Clichy, est venue sans être convoquée, apporter à l’audience la lettre d’adieu de son mari, et déclarer au Tribunal que la mort seule pouvait venger nos martyrs. Se tournant vers les accusés, elle leur a dit :

« je vous reproche d’avoir accepté de juger… Messieurs, moi à votre place j’aurais refusé. Vous l’avez fait par haine du communisme. Mon mari était communiste, il était un bon père, un bon époux, j’ai vécu pendant 20 ans avec lui, j’ai beaucoup souffert de sa mort.

« Ce n’était pas un résistant de la dernière heure. « en 1940 quand on lui demanda de déposer les armes, il répondit : « Les Allemands ne sont pas encore là, j’attendrais ». Quand il fut sommé de les rendre, il rendit en même temps ses galons de sergent. « Il a lutté aux côtés du Colonel ROL. Si le colonnel n’était pas dans l’Est, il serait venu témoigner.

« Je suis venue ici de moi-même, je n’ai pas été convoquée. C’est par la presse que j’ai appris le procès de ceux qui ont condamné mon mari. « je viens en mon nom, au nom de mon mari et de mon enfant. »

Malgré cette émouvante accusation, aucun de ces traîtres n’a été condamné à mort : un seul a été condamné aux travaux forcés à perpétuité et les autres à quelques années de prison…

Le pays a beaucoup souffert, les responsables de ces souffrances ne doivent pas rester impunis. Notre peuple, et en particulier les femmes ont un sens trop vif de la justice pour le tolérer.

Comme l’indique notre programme d’action :

« les femmes qui ont le culte du souvenir, sauront entretenir dans le cœur de leurs enfants, l’admiration due à nos héros, et l’horreur du fascisme qui aperpétré tant de crimes honteux, afin qu’il sachent à leur tour préserver notre liberté reconquise. »

***

Les Femmes Françaises ont signifié par leur vote d’avril dernier qu’elles sont bien décidées à user de leurs droits pour le bien de la Patrie et de leurs foyers.

Car chaque jour, dans la vie quotidienne, elles s’aperçoivent de tout ce qu’il reste à faire pour le bien-être et la dignité du pays.

Comment nourrir la famille dans les conditions présentes ?

Comment joindre les « deux bouts » quand la vie est si chère et que les ressources du foyer n’augmentent pas ? Voilà les questions qui préoccupent la plupart des Françaises.

Les salaires sont restés anormalement  bas, en particulier pour les femmes.

Au Ministère des Finances, des employés qui, malgré 15 et même 25 ans de service, restent toujours auxiliaires, et qui gagnent au départ 2.400 francs par mois, touchent actuellement 3.500 francs à Paris.

Dans la blanchisserie de gros, des ouvrières gagnent des salaires de 2.000 francs.

Les employés du Métro gagnent au maximum 3.000 francs.

On ne peut vivre à Paris avec de tels salaires.

Dans le Nord, des ouvrières du textile hautement qualifiées touchent un salaire maximum de 2.480 francs par mois…

Dans les tanneries d’ANNONAY, les ouvrières gagnent de 1.100 francs à 1.400 francs  par mois.. 

Mais le litre de vin que l’on payait 3 et 4 francs avant-guerre coûte aujourd’hui 10 et 12 francs. Le litre de lait 6 francs ; le kilo de pain 7 frs 40.

Dans les grands villes il est question, quand ce n’est pas déjà fait, d’augmenter le prix du gaz et celui de l’électricité.

A PARIS, le prix du gaz vient de passer de 2 fr. 09 le m3  à 3 fr. 29.

Et enfin, l’électricité, de 3 fr. 44 le kilowatt à 4 fr. 64 ( Mais la CPDE a réalisé pendant l’occupation 280 millions de bénéfices ; elle a subventionné le journal boche : « Parizer Zeitung » et entrepris des travaux de récupération des câbles souterrains pour livrer du cuivre aux Allemands).

En résumé, le coût de la vie a au moins triplé, (et cette estimation est bien inférieure à la réalité si l’on tient compte qu’un travailleur est obligé pour conserver ses forces, d’avoir recours dans la mesure de ses moyens au ravitaillement non-officiel), et on laisse entendre une augmentation de loyers de 25% et même de 50% pour le 1er Juillet, tandis que les salaires ont été « augmentés » de 5 à 10% !

Le Ravitaillement ne s’améliore pas et cela devient inquiétant surtout pour les enfants et pour les travailleurs.

Cet hiver, le lait a manqué à Paris.

Il y a une légère amélioration dans la répartition des matières grasses, encore qu’il n’y ait guère de beurre dans cette répartition…

Pour le reste, la situation reste stationnaire quand elle n’a pas empiré, comme c’est le cas pour la viande.

Les vieux sont toujours privés de lait dans beaucoup de villes. Et c’est avec angoisse que nous voyons poindre la menace d’un nouvel hiver sans bois et sans charbon.

Cependant les innombrables scandales des entrées non collectées : laine, œufs, beurre, blé, perdues dans les transports ou le stockage, ne laissent de défrayer les chroniques de presse, et le marché noir propère.

On évalue à 30 milliards le trafic du marché noir pour le beurre. Les services du Ravitaillement maintiennent l’organisation vichyste.

Il y a encore 104 Comités d’organisation aux Ministère de l’Agriculture et du Ravitaillement, la plupart des Comités d’organisation se subdivisent en sous-comités, et l’on arrive à une bureaucratie inouïe, révoltante, car ce sont nos enfants  qui en supportent les conséquences.

Prenons l’exemple de la viande : Elle a passé du paysan au maquignon, du maquignon au ravitaillement général au Groupement des viandes, du Groupement des viandes au Groupement  des expéditeurs, du groupement des expéditeurs au Groupement des mandataires, enfin des mandataires au boucher. Ce qui explique que le bœuf de qualité payé de 7 à 16 francs au paysan soit vendu de 60 à 90 francs aux consommateurs.

Seuls les intermédiaires profitent de la bureaucratie de Vichy.

Les femmes se posent la question :

Pour les prisonniers, les déportés politiques et raciaux, et les déportés du travail, que fait-on ?

Qu’on ne vienne pas dire que la tâche est trop lourde !

Le Ministre FRESNAY était déjà Ministre à Alger, et il y a 9 mois que notre pays est libéré.

Ce Ministère dispose de moyens énormes : 27 milliards.

27.000 employés d’après le chiffre officiel, 45.000 en réalité, qui auraient permis à un Ministère soucieux de son devoir, de recevoir dignement ceux que la France attendait si impatiemment, tands que les mères et les femmes de ces Français sont aux prises avec mille difficultés pour nourrir, vêtir, pour soigner ceux qui reviennent et pour leur trouver du travail.

Comment les veuves et les orphelins de cette guerre ne seraient-ils pas inquiets sur l’avenir ?

Jusqu’ici ils ont surtout  vécu grâce à la sollicitude patriotique.

Notre amie, Mathilde PERI, qui se préoccupe de ce problème nous indiquait qu’une pension leur était enfin accordée.

L’ordonnance du 3 mars 1945 accorde 6800 francs par an à la veuve, 2.070 aux enfants, 4.000 aux ascendants. Ce n’est pas une pension, c’est une charité de l’Etat. Quant aux familles des « étrangers » tombés sur le sol français ou morts dans les bagnes nazis, elles n’y ont même pas droit.

L’insuffisance de cette pension plonge dans la gêne des centaines de milliers de familles ; c’est un devoir national que de leur témoigner une reconnaissance plus grande.

Tant que le taux de la pension ne sera pas fixé d’après le coût de la vie, la France n’aura pas accompli son devoir envers nos morts, envers nos héros.

Les femmes françaises voient bien aussi que la reconstruction du pays est sabotée, car elle se poursuit à un rythme trop lent.

ü  1.200.000 immeubles ont été détruits,

ü  50% de notre matériel ferrovière absorbé,

ü  2.000 ouvrages d’art ont été anéantis,

ü  7.000 locomotives sur 15.000 rendues inutilisables,

ü  Notre flotte commerciale réduite de 2/3

Or, de la reconstruction rapide dépend la vie du Pays, des foyers ; c’est pourquoi les femmes se dressent contre le désordre persistant et l’esprit d’irresponsabilité qui existe en haut lieu, dans les administrations et les services de l’Etat.

***

Ces revendications des femmes ne procèdent pas d’un esprit démagogique. Les femmes se rendent compte de l’état réel du pays. Elles savent que pour en sortir il faudra des efforts longs et pénibles. Mais elles remarquent que tout n’est pas fait de ce qui pourrait être fait.

Assurément le redressement du Pays est fonction de la reprise économique et d’un travail patient et acharné. Mais la reprise économique dépend de la lutte contre les saboteurs qui pratiquent, comme le dit M.PLEVEN, ministre des Finances, la « rétention de l’économie ».

Elle dépend aussi de l’enthousiasme créateur de notre peuple.

Or notre peuple voit bien qu’on cherche trop souvent à composer avec les forces hostiles au redressement du pays, au lieu de les frapper.

On parle du blocage nécessaire des prix et des salaires. Mais ce blocage des prix et des salaires est à sens unique.

Prenons l’exemple du pain.

Pour l’augmentation du prix du pain, on prétexte la suppression de la subvention accordée jusqu’ici par l’Etat en vue de maintenir le prix du pain à un taux inférieur au prix de reient.

Or la suppression des subventions devrait tout au plus entraîner une augmentation de 0,70 par kg. et non 2.50.

Mais la marge bénéficiaire des grands minotiers a été, elle, augmentée de 70% et dans le prix du quintal livré à la boulangerie est comprise, non seulement la marge de la mouture, mais aussi les multiples taxes, tous les frais, et les cotisations professionnelles.

Pour le pain, pour le lait, les truts encaissent une marge bénéficiaire de 20 à 60 %, les industriels des pâtes voient leur marge augmenter de 60 %, les intermédiaires du vin de 23 à 35 %. On voit que les prix ne sont bloqués que lorsque les marges bénéficiaires ont été assurées aux gros intermédiaires au détriment des paysans et des consommateurs.

Naturellement, cela crée du mécontentement chez les ouvriers et les paysans. La CGT a dû intervenir auprès du Gouvernement.

Elle a obtenu l’augmentation des salaires insuffisants des ouvriers, grâce aux mesures suivantes :

ü  Diminution de la différence des salaires entre la dernière zone et Paris de 33 à 25 %,

ü  Augmentation des salaires horaires maximum de 20 % pour les catégories les moins favorisées.

Pas de salaires maxima pour le travail aux pièces, ni de limitation, sous réserve que l’application ne provoque pas de débauchage d’une usine à l’autre.

Il reste encore à donner des prix rémunérateurs aux paysans sans augmenter les prix à la consommation.

Cela est possible, à condition de frapper les gros intermédiaires qui s’enrichissent par le malheur des petites gens et par la ruine de l’économie du pays.

C’est pourquoi l’UNION DES FEMMES FRANÇAISES demande avec toutes les grandes organisations et les partis démocratiques que soit appliqué sans délai le programme du CNR.

Ce programme damande :

ü  Le châtiment des traîtres, l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui ont pactisé avec l’ennemi.

ü  La confiscation des biens des traîtres.

ü  L’éviction des grands féodalités économiques et financières de la direction de l’économie.

ü  Une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général.

ü  Le retour à la Nation des grands moyens monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergies, des richesses du sous-sol des compagnies d’assurances et des grandes banques.

Des millions de Français se sont prononcés en avril 1945, lors des élections municipales pour l’application de ce programme.

Des millions de Français sont prêts à briser tous les obstacles.

Qu’on leur fasse confiance, et la France retrouvera par un travail persévérant sa prospérité et son droit d’être mise au rang des grandes nations.

Les Femmes sont fières du rôle qu’elles peuvent jouer pour le relèvement du Pays, parce qu’elles ont une vue plus claire de leurs devoirs.

 

Les devoirs et les droits de la Femme Française

 

Quels sont les devoirs de la Femme Française ?

La France peut être un pays où il fait bon vivre, mais elle ne doit pas devenir une nation de vieillards.

Depuis plus de 5 ans, elle a été privée de centaines de milliers de naissances du fait de l’exil de deux millions de ses fils. La France a besoin d’enfants.

En 1939 le chiffre des décès dépassait de 29.000 celui des naissances alors que l’écart n’était que de 12.000 en 1937.

Le nombre des décès pour 10.000 habitants qui était de 155 dans les dernières années qui ont précédé la guerre est monté à 180 au cours de l’occupation et atteignait 170 en 1943. Dans ces chiffres ne sont pas compris les décès des militaires ni ceux des prisonniers et déportés.

Dans les Bouches-du-Rhône et le Var, la mortalité a augmenté de 50 % par rapport à l’avant guerre.

Sur 1.000 enfants nés vivants en 1943, 75 sont morts avant d’avoir atteint l’âge d’un an. Le taux est au moins aussi élevé en 1944.

La population française qui était d’environ 41 millions en 1935 avec 15 % de vieillards âgés de plus de 60 ans deviendrait selon les courants actuels de démographie :

Une population de 35 millions en 1970, avec 25 % de vieillards, et de 30 millions en 1985, avev 30 % de vieillard.

Aussi la Femme Française doit-elle donner des enfants à la France, fonder un foyer, élever ses enfants dans une morale élevée, leur inculquer le goût du travail, le respect filial, l’amour de la Patrie et le sens civique.

Deuxième devoir :

Elle doit travailler courageusement à la place où elle est, usine, champs, école, laboratoire, à la reconstruction du pays.

Elle doit aider  à faire naître et à développer un grand courant d’émulation dans le monde du travail.

Troisème devoir :

Qu’elle ne se contente pas d’une vie égoïste, repliée toute entière sur son foyer, mais qu’elle ouvre les yeux sur les dures réalités qui sont imposées au Pays, qu’elle voit au-delà dz son foyer le bien de la Patrie, d’où dépend son bonheur et celui de ses enfants.

Qu’elle participe donc activement à la vie publique, à la vie politique en réfléchissant aux grands problèmes qui se posent, aux solutions qui se présentent et qu’elle intervienne résolument.

Ces devoirs sont donc avant tout ceux de la femme : mère de famille honnête, travailleuse de qualité, citoyenne avisée et consciente de l’intérêt national.

Mais pour permettre aux femmes de faire face à leurs devoirs, de donner à leurs efforts leur pleine vertu, il est nécessaire :

ü  De préciser,

ü  D’étendre,

ü  De consacrer :

LES DROITS DE LA FEMME .

ü  Mère de famille,

ü  Travailleuse,

ü  Citoyenne

Les femmes demandent au nom de la dignité humaine :

Le droit au travail.

La participation des femmes à la vie économique est devenue une nécessité du monde moderne, elles apportent des éléments qu’elles seules peuvent apporter et leur force de travail est nécessaire.

Dans l’industrie, dans le commerce et dans l’agriculture travaillent 8 millions de femmes ; 7 millions d’entre elles y sont contraintes, car n’étant pas mariées, elles sont obligées de subvenir à leurs besoins.

Pour les autres, le travail est devenu une nécessité économique à cause des revenus insuffisants du chef de famille.

Elles exercent les métiers les plus divers. Plus habiles mais plus exploitées que les hommes dans le textile, elles sont en majorité.

Dans la métallurgie, des ouvrières accomplissent souvent des travaux de grande précision.

Récemment à l’assemblée Consultative, on a cité l’exemple de la Cartoucherie de TOULOUSE où la Direction se montre très satisfaite du travail de qualité fourni par les ouvrières travaillant sur les tours à des tâches de haute précision confiées d’ordinaire à des spécialistes hautement qualifiés.

Dans certains métiers, leurs qualités propres de femmes les rendent inégalables : infirmières, sténos-dactylos, secrétaires…

Les femmes excellent dans les métiers manuels, et le triomphe des Françaises est dans les travaux qui ont trait à la mode.

L’élégance française a sa réputation établie dans le monde entier, et la haute couture parisienne emploie un personnel considérable : modélistes, premières et deuxièmes mains, apprenties, coupeuses, brodeuses de perles, pailleteuses, elles font des boutons, des boucles de ceinture.

Paris est aussi, naturellement, le centre de la Mode, et il faut beaucoup d’ouvrières pour faire un chapeau, travailler le feutre, la sparterie, la plume, la violette, les fleurs artificielles.

Ce genre de production s’étend à tout le pays.

Faisons le tour de la France.

Dans le Nord, les femmes travaillent dans les usines de tissus, elles font de la dentelle à ALENCON du tulle à MILLAU, à GRENOBLE ou à LYON des gants de peau.

On file la laine à MAZAMET.

L’industrie des bas de soie des évennes emploie une main-d’œuvre  féminine considérable : il faut élever les vers à soie, dévider les cocons, filer, tisser.

LYON est le grand centre de la fabrication des tissus de rayonne te de soie : les ouvrières sont aux métiers, aux ateliers de dessin, etc…

Un peu partout en province, il y a des lingères, des tricoteuses à la machine et à la main, des brodeuses, des mécaniciennes qui préparent le travai du bottier ou du maroquinier, des ouvrières de confection pour hommes et pour femmes (culottières, giletières, coupeuses, finisseuses, etc..)

Il y a encore les coiffeuses, les corsetières, les ouvrières en tapisserie, les enfileuses de perles. Celles qui fabriquent les articles de Paris, les boites de carton et les écrins, les boutons, celles qui patiemment et avec goût préparent les échantillonnages de tissus, de boutons, de perles.

A la campagne, les femmes ont eu de dures années à passer.

En temps normal, ce sont toujours elles, qui en plus de leurs occupations familiales, font les travaux de basse-cour, traitent les vaches et travaillent aux champs.

Dans les villes d’eau, le personnel féminin est considérable.

Au bord de la mer, ce sont encore les femmes qui fabriquent les filets de pêche, trient le poisson et le vendent.

Enfin elles ont donné depuis toujours à la France de grands savants, de grands artistes, de grands écrivains, des techniciens de valeur.

Citons entre autre :

Louise LABBE, Mme de la FAYETTE, Mme de STAEL, George SAND, Lucie DELARUE-MADRUS, Mme de NOAILLES, COLETTE, Rosa BONHEUR, Mme CURIE et sa fille Irène JOLIOT-CURIE, Mme RAMART, Andrée VIOLLIS, Hélène BOUCHER, Maryse BASTIE, Maryse HILZ, etc…

Le travail féminin est devenu aussi une nécessité à cause des ressources insuffisantes du chef de famille.

Tout le malheur vient de ce que cette nécessité économique à laquelle des millions de femmes ne peuvent se soustraire est utilisée par des exploiteurs sans vergogne, qui en profitent pour payer des salaires inférieurs aux femmes sous prétexte que ce sont des femmes.

Naturellement la vie familiale en souffre, les enfants en pâtissent et les mères contraintes au travail en sont très malheureuses.

Mais d’hypocrites propagandistes prétendent que c’est par égoïsme que la femme veut travailler afin d’échapper aux obligations de la mère de famille.

Après les avoir obligées au travail, ils les calomnient.

Sachant bien que pour l’énorme majorité des femmes, le retour au foyer n’est pas possible, ils font prêcher « le retour nécessaire de la femme au foyer ».

Leurs exemples, ils vont les chercher dans les milieux où la femme en raison de l’indépendance dont elle bénéficie (fortune personnelle, situation économique aisée du chef de famille) peut échapper aux servitudes matérielles de la mère de famille en s’en déchargeant sur des domestiques.

Cette femme a plus de temps à consacrer au développment moral et culturel de sa propre personnalité, et elle accorde plus de soins attentifs envers ses enfants dont elle peut mieux suivre et soigner l’éducation.

Cette possibilité réservée à une minorité doit être étendue à toutes les mères de famille.

Plutôt que de dire à la travailleuse, qui ne le peut pas : « RETOUREZ AU FOYER » il vaudrait mieux lui permettre d’assurer par son travail (puisqu’elle n’a pas de fortune), la même indépendance que la femme riche, afin de lui permettre de développer elle aussi sa propre personnalité.

Il faudrait aussi lui donner les moyens de travailler, tout en lui permettant d’avoir des enfants, et en la dégageant le plus possible des charges matérielles, d’élever sa famille. Ainsi elle pourrait se consacrer davantage à l’éducation morale de ses enfants.

Cela implique d’abord que son travail ne soit plus déprécié et que le grand principe : « A TRAVAIL EGAL, SALAIRE EGAL » soit imposé partout.

Cela veut dire ensuite que l’Etat doit intervenir pour sauvegarder les intérêts de  famille de toute femme contrainte au travail par la nécessité.

C’est toute une politique du logement familial qui est à mettre en mouvement, protégeant la femme enceinte, la mère qui allaite : le pays doit être couvert d’un réseau de crêches et de cantines, disposant d’un nombre important d’infirmières et d’assistantes spécialisées.

Telle est la signification précise de notre grand mot d’ordre :

« DROIT AU TRAVAIL »

Il s’agit simplement après avoir reconnu la nécessité du travail pour les femmes, de transformer cette nécessité en droit et d’en permettre l’exercice en asssurant la sauvegarde des intérêtes matériels et moraux de la famille.

***

On voit bien par là à quelles préoccupations égoïstes obéissent  certains de ceux qui se font les bons apôtres du « retour de la femme au foyer ».

Ce sont les mêmes qui recherchent la main-d’œuvre féminine sous prétexte qu’il n’y a plus assez d’hommes – en cas de guerre par exemple – pour ensuite rejeter sur les femmes la responsabilité du chômage.

PETAIN  « défenseur de la famille » forçait les Françaises à prendre la place des hommes que ses négriers envoyaient de force en Allemagne.

Mais on voit bien aussi que les intérêts de la Nation sont de peu de poids eu égard à leurs appétits égoïstes d’exploiteurs.

Leurs théories morales servent simplement à surprendre la bonne foi de leurs victimes naïves et jusqu’ici sans défense.

Les droits de la mère.

Dans une nation démocratique, ce qui devrait être une obligation impérieuse pour l’Etat de se pencher avec plus de sollicitude sur les intérêts de la mère de famille et de l’enfant, en réalisant un vaste programme qui soulagerait des millions de Femmes.

Voilà ce qu’il faut faire :

Ce programme pourrait comprendre l’aménagement moderne de locaux scolaires avec défense d’utiliser les préaux d’écoles pour des intérêts autres que ceux des écoliers.

Ce programme devrait envisager l’ouverture de crèches.

Pense-t-on qu’à PARIS pour des centaines de milliers de bébés, il existe seulement 39 crèches dont 4 sont municipales.

ü  Dans la Loire, 3 crèches,

ü  Une seule à SAINT-ETIENNE, cette grande ville industrielle où 3000 femmes travaillent à la manufacture Nationale d’Armes,

ü  Une seule à ROANNE,

ü  Une seule à IZIEUX.

On devrait envisager l’ouverture de garderies d’enfants afin de soustraire de la rue les enfants dont les parents travaillent.

ü  La création de patronages municipaux, de jardins d’enfants.

ü  Le développement du nombre de cantines scolaires.

ü  La visite médicale régulière des enfants des écoles, suivie d’un traitement s’il y a lieu. Des enfants pauvres portent pendant 10 années de suite sur leur fiche médicale scolaire la mention « mal entretenus ».

A quoi bon ces visites hâtives qui n’apportent aucun bien-être à l’enfant, et à quoi bon ce diagnostic quand les soins ne sont pas possibles ?

Ce programme doit comprendre :

ü  L’ouverture de dispensaires municipaux avec des services indispensables de radiologie, et voitures radiologiques pour les campagnes.

ü  La création de maternités, de pouponnières jusque dans les plus petits hameaux de France.

ü  L’envoi à la campagne, à la montagne, à la mer de tous les enfants des villes, pour la durée des vacances, dans les colonies, des villages d’enfants.

ü  La solution du grave problème de logement pour les sinistrés en faisant appel à l’avis des femmes pour la reconstruction des maisons.

ü  La construction de cités ouvrières modernes bien aérées, avec loyers  à la portée des bourses modestes. Le Conseil Municipal de Paris se voit dans l’obligation de construire des immeubles dont le loyer atteindrait le prix exorbitant de 10.000 francs par an, alors que les salaires des ouvriers ne sont pas rajustés au coût de la vie.

ü  La lutte contre le taudis, mais pour cela il faut construire avant de détruire, afin de ne pas laisser les locataires sans foyer.

ü  La confection immédiate de vêtements d’enfants à des prix modérés.

Cette tâche est d’une urgente nécessité.

ü  L’amélioration rapide de l’hygiène.

ü  La fabrication en grande quantité de couches et de biberons.

ü  L’octroi d’une plus grande quantité de savon.

ü  L’extension du nombre de douches.

ü  La vaccination systématique contre les maladies infectueuses à Paris, la propagation des cas de gale prend des proportions effrayantes. A St-Louis, avant-guerre, on soignait : 8.453 galeux par an, en mars 1945 : 14.964 par mois.

Les enfants n’échapent pas à la contamination.

Dans une école de LILLE, sur  242 élèves, 150 ont des poux.

C’est un crime envers nos enfants que de laisser les parents dans l’impossibilité de se procurer les moyens d’assurer l’ygiène familiale.

ü  Le prêt aux jeunes ménages.

ü  L’ouverture d’écoles d’apprentissages, écoles professionnelles dans tous les départements pour les jeunes gens et jeunes filles.

ü  La possibilité d’accès aux plus hautes études pour les enfants doués, par les bourses, la gratuité de l’enseignement.

ü  La création de préventori  et de sanatoria pour enfants.

ü  La rééducation attentive des enfants anormaux et la rééducation par des méthodes humaines des enfants délinquants.

ü   La création d’écoles formant véritablement un corps d’assistantes sociales pour la protection maternelle et enfantine.

ü  L’adoption par la Nation des enfants de toutes les victimes de guerre.

Certes, ce programme est incomplet tant il y a à faire.

Mais sa réalisation est passionante. Pour le financer, les moyens ne manquent pas. qu’on applique le programme du CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE : confiscation des biens des traîtres et des bénéfices illicites.

Cette seule confiscation fournirait une somme de 800 milliards qui pourrait être mise au service de la santé physique et morale de nos enfants. Ces milliards permettraient de réaliser des merveilles.

L’Etat avec l’aide  du pays tout entier pourrait ainsi veiller de près aux intérêts de la mère et de l’enfant, afin que les enfants ne soient pas une « malédiction » pour les parents pauvres.

Jusqu’à ce jour, bien des promesses ont été faites, mais rien de grand, rien de fort n’est venu boulverser la routine, rattraper le retard considérable  dans l’accomplissement d’un programme constructif.

Les droits de la citoyenne.

Les femmes veulent aider à combler ce retard. Elles rattachent à cette obligation  nationale les devoirs qu’elles acceptent pour elles.

Mais elles rattachent aussi à cette obligation nationale, les revendications concernant les droits qu’elles affirment.

Pendant ces cinq années la femme française a prouvé qu’elle ne pouvait plus être traitée en mineure. Seule très souvent, elle a assumé la lourde charge de la vie du foyer.

Elle a remplacé le mari à l’usine, à la ferme, dans la boutique, avec une conscience et une compétence qu’il ne dervrait plus être possible de contester.

Avec son habituelle hypocrisie VICHY voulant faire croire qu’un esprit de justice et de progrès animait ses desseins, n’hésita pas à faire grand bruit sur une nouvelle loi proclamant la capacité de la femme mariée. Un mensonge de plus : il suffit de citer le texte même de cette loi du 22 septembre 1942 pour en mesurer toute la duplicité :

« la femme mariée a la pleine capacité de droit. L’exercice de cette capacité n’est limité que par la loi. »

Comme ladite « loi » n’a nullement été modifiée, il en ressort que rien n’a été amélioré pour la femme mariée, ni sa situation personnelle, ni sa situation de famille.

La législation actuelle continue d’être profondémment réactionnaire et anti-sociale. Elle doit être changée. Alors que l’égalité de l’homme et de la femme vient d’être consacrée sur le plan politique, certaines formules doivent disparaître du Code Civil. Par exemple :

« La femme mariée peut être marchande publique à moins que son mari ne s’y oppose. »

« Le mari peut s’opposer à ce que sa femme exerce une profession séparée . »

« Le mari est le seul maître de fixer le domicile commun des époux. »

« Le père seul exerce la puissance paternelle durant le mariage » Etc..,etc.

Les droits juridiques de la femme doivent être étendus, essentiellement ceux de la femme mariée. La stricte égalité des droits de chaque époux doit être consacrée.

La législation réactionnaire de PETAIN qui rend plus difficile le divorce doit être rejetée, car la procédure civile compliquée du divorce a pour conséquence l’augmentation du nombre de ménages irréguliers, et l’aggravation de la condition des enfants nés de ces unions. Elle détourne le mariage de sa mission principale qui est de créer une famille forte et durable.

De telles conséquences sociales doivent absolument retenir l’attention du législateur, indépendamment du problème moral qui est affaire privée entre les époux et leur conscience.

La puissance maternelle doit être reconnue et tous les enfants devraient être égaux devant la loi.

Cette affirmation des droits de la femme et de l’enfant se rattache à une conception plus élevée de l’amour et du mariage. Nous vivons dans un temps où l’harmonie du foyer tend de plus en plus à reposer sur l’estime et le respect mutuels des époux, sur la liberté pour eux de choisir leurs occupations, sur une profonde compréhension réciproque. De telles bases rendent les unions  autrement plus solides que celles des mariages d’intérêt. Les liens moraux qui rattachent l’un à l’autre les époux égaux et libres sont autrement plus forts que les intérêts égoïstes et les contraintes matérielles conduisent les époux au libertinage derrière des apparences restées sauves. Elles engendrent un désordre moral très préjudiciable à l’éducation des enfants, car ceux-ci finissent toujours par se rendre compte de la nature réelle des rapports qui existent entre les parents.

Dans un foyer harmonieux, les enfants grandissent dans une atmosphère différente, atmosphère de joie, d’affection commune et de bonheur partagé sans réserve.

 

Pour une vraie Démocratie

Pour toutes ces raisons, les femmes sont passionnément attachées à l’idée de faire du neuf. Elles repoussent tous ceux qui voudraient les ramener au passé, aux formes désuètes, sans rapport avec les conditions actuelles de la vie.

Elles vont vers les Mouvements et les Partis qui se font les champions du renouveau français.elles vont vers ceux qui veulent assurer le plein épanouissement de toutes les forces de la Nation dans les institutions démocratiques : nouvelles, progressives.

Elles ont approuvé avec enthousiasme, dès qu’elle fut lancée par le Front National, l’idée des ETATS GENERAUX DE LA RENAISSANCE FRANÇAISE dont le but est de rétablir l’économie française et d’instaurer une véritable démocratie par la confiance dans le peuple, par le développement de son esprit d’initiative et par l’union de toutes ses forces pour la réalisation du programme du CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE.

Elles participeront avec ardeur, avec ardeur, avec enthousiasme à la campagne pour l’élection d’une ASSEMBLEE CONSTITUANTE qui doit de dérouler à l’automne.

Elles demanderont que les élus consacrent dans la Constitution nouvelle les droits acquis de la femme.

Elles demanderont la proclamation de la nouvelle déclaration des droits et des devoirs du citoyen et de la citoyenne. Elles demanderont que la CONSTITUANTE soit l’œuvre des représentants élus au suffrage direct, égal, secret, vraiment universel par la participation des soldats et gradés et des jeunes à partir de 18 ans. La proportionnelle intégrale, sans panachage , doit être la règle. Les électeurs pourront ainsi se prononcer en toute clarté. Les manœuvres et les combinaisons qui reposent sur les intrigues et les ambitions personnelles seront exclues et les corrupteurs en seront pour leurs frais.

Elles demanderont que cette CONSTITUANTE ait le pouvoir de contrôle sur le Gouvernement qui doit être responsable devant elle. Car elles voient que le désordre actuel a son origine dans l’irresponsabilité des ministres. Elles ont pu s’en rendre compte, notamment pour le Ministère du Ravitaillement et le Ministère des Prisonniers de Guerre et Déportés.

Aussi les femmes demandent-elles que les élus soient révocables par leurs mandants au cas où l’élu abandonnerait en cours de législature le programme sur lequel les électeurs lui ont accordé leur confiance. On se rappelle trop d’exemples d’Assemblées élues et pratiquant une toute autre politique que celle affirmée par les élus pendant la période électorale.

Les désastres de 1939-1940 sont sortis de ces abandons de programme sans que le Pays ait été consulté.

La révocabilité des élus aurait pour effet d’introduire davantage de moralité dans la vie politique.

Elle assurerait la permanence du contrôle des électeurs sur les élus et sur le gouvernement.

Elle donnerait les majorités stables qui garantissent les gouvernements stables.

Voici dans quel esprit les femmes abordent cette période qui commence et qui doit être celle de la RENAISSANCE FRANCAISE.

Elles ont l’ambition de mettre la France au rang des grandes nations en marche sur la route du progrès, vers un avenir meilleur.

Elles savent les sacrifices qu’elles ont consentis.

Elles ont appris à mesurer leurs forces.

Elles voient leurs sœurs des Pays libres, Angleterre , Amérique, Union Soviétique, tenir avec honneur leur place dans l’effort de leurs pays.

En Angleterre 90.600.000 femmes étaient inscrites au Service National où elles remplaçaient les hommes partis à l’Armée.

En Amérique, en février, plus de 17 millions de femmes travaillent pour la guerre, 90.000 étaient engagées dans l’Armée.

Nulle part sans doute, les femmes n’ont donné autant qu’en UNION SOVIETQUE, parce que nulle part la lutte n’a été plus farouche, le danger fasciste plus menaçant.

Leur héroïsme s’est manifesté à l’armée, sur le front, avec les partisans dans leur lutte terrible, avec les ouvriers sur le front du travail dans ce gigantesque effort de construction qui devait triompher des destructions sauvages de l’ennemi.

On ne dira jamais assez tout ce qu’ont fait les femmes soviétiques et quels exemples elles ont donné aux femmes du monde entier.

Renseignées sur leurs souffrances et sur leurs luttes propres, encouragées par l’exemple de leurs sœurs des autres nations démocratiques, toutes les femmes de France unies iront à la bataille pour la RENAISSANCE du Pays avec la certitude de la Victoire.

Comme l’indique le programme d’action de l’UNION DES FEMMES FRANÇAISES :

« Nouvelles venues à la politique, les femmes y apportent leur droiture, leur esprit réalisateur. »

Selon le mot de MICHELET « Les femmes vives et sincères et prenant les idées au sérieux, veulent que les paroles deviennent des actes ».

Notre organisation

Pour cela elles ont des armes et des moyens qui sont bien à elles. Lesquels ?

Ceux que leur offre notre grande UNION DES FEMMES FRANÇAISES.

Car nous sommes devenues une très grande organisation :

ü  Un millions de femmes sont dans nos rangs. Groupés dans nos foyers, nos Comités de Ménagères, dans les « Amies du Front » dans nos comités d’entreprises, femmes de toutes conditions sociales, d’opinions politiques diverses, et de toutes confessions religieuses.

ü  Une très grande Organisation qui a des élues par centaines :

ü  Maires,

ü  Maires-adjointes,

ü  Conseillères municipales,

Et qui seront demain ses déléguées à l’ASSEMBLEE CONSTITUANTE SOUVERAINE qui a ses représentants à L’ASSEMBLEE CONSULTATIVE.

ü  Une très grande Organisation dont l’activité multiple s’exerce sur tous les plans.

Nos amies de Gironde ont cet hiver obtenu du bois de chauffage en signalant un stock de bois inutilisable pour le boisage des mines et une ration supplémentaire de pommes de terre en signalant des stocks qui pourrissaient en Charente, et des wagons qui étaient inutilisés à BORDEAUX.

Le Comité de CONCARNEAU a organisé une boucherie et un restaurant municipal où l’on mange pour 8 francs.

Dans l’ALLIER, nos amies associant à leur action les Mouvements de Résistance, les petits commerçants, les petits collecteurs de lait et la Confédération Générale Agricole, ont réussi à créer et à développer, en dépit de tous les obstacles suscités par les gros intermédiaires, une Coopérative Agricole qui a permis d’une part, de faire diminuer les prix à la consommation tout en augmentant à la production, d’autre part, d’accroître cette production car le paysan encouragé donne avec joie un effort plus grand.

Citons aussi à l’honneur nos amies des usines d’automobiles MATFORD en Seine-et-Oise, qui ont fait gratuitement des heures de travail supplémentaires pour offrir un camion à l’armée.

Louons enfin l’heureuse initiative du Comité rural de BRAGAYRAC, bientôt suivie dans la Haute- Garonne et même dans plusieurs autres départements, d’envoyer chaque semaine des colis de denrées aux meilleures ouvrières de TOULOUSE.

ü  Nous sommes une grande Organisation qui a été reconnue comme l’organisation la plus représentative des femmes françaises par le CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE et par le GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE.

ü  Une grande Organisation qui entretient les rapports les plus suivis avec tous les Mouvements et Partis se réclamant des mêmes principes nationaux et des mêmes principes de liberté.

Union !

De ce 1er Congrès doit sortir le programme de L’UNION DES FEMMES FRANÇAISES , qui doit devenir celui de toutes les femmes de France.

Ce programme est fait pour aider à la Renaissance de nos foyers et de la France.

Nous voulons mettre à l’honneur la mère de famille qui a élevé de beaux enfants, et qui par ses leçons et par son propre exemple a formé leur esprit et leur caractère.

Nous voulons mettre à l’honneur l’ouvrière habile qui a l’amour de son travail et qui cherche toujours à se perfectionner pour apporter une plus grande part à l’œuvre commune.

Nous voulons mettre à l’honneur la paysanne qui aime sa terre et qui veut que sur ce coin du sol français les moissons soient toujours plus belles.

Nous voulons mettre à l’honneur toutes les femmes qui, en quelque domaine que ce soit, enrichissent le patrimoine de notre Pays.

Nous lançons un appel passionné à toutes celles qui chaque jour s’inquiètent du sort de l’enfance et de la famille.

A toutes les mères de famille, ménagères ou travailleuses.

A toutes celles qui ont pour obligation professionnelle de sauver l’enfance : doctoresses, infirmières, assistantes sociales, dames de la Croix Rouge pour qu’elles nous aident de tout leur cœur, en leur assurant qu’elles seront à l’aise et heureuses parmi nous dans l’effort commun.

Pour cet idéal, sur ce programme, toutes les organisations féminines devraient pouvoir s’unir.

Les femmes ne doivent pas être en retard sur le grand mouvement d’unité démocratique qui se dessine et prend forme dans le Pays.

Que les femmes du MOUVEMENT DE LIBERALISATION NATIONALE entendent cet appel. C’est notre vœu le plus cher.

D’autres millions de femmes nous attendent vers lesquelles vous devez aller, chères amies.

***

Les femmes n’ont pas fini de donner à la France leur part d’héroïsme  et de sacrifice :

De Jeanne la Lorraine aux femmes de la Grande Révolution, dont MICHELET disait :

« Pendant la Révolution, les femmes furent plus terribles que les hommes car elles se battaient  pour la liberté et pour leurs enfants. »

De Pauline ROLLAND que Victor Hugo chanta, à ces femmes compagnes de Louise MICHEL, du siège et de la Commune de Paris, un journaliste anglais disait :

« Si la Nation française n’était composée que de femmes, ce serait une Nation terrible. »

De cette tradition nous nous sentons fortes.

Trop de nos sœurs sont mortes en soldats courageux pour que nous doutions de nous.

De toutes celles-là, nous retiendrons deux nom : celui de Danielle CASANOVA, morte à AUSCHWITZ, et celui de Berthe ALBRECHT, assassinée à FRESNES.

Elles les symbolisent toutes.

Nous garderons comme une chose très précieuse et comme un encouragement à la lutte et au travail, la dernière lettre de Danielle CASANOVA à la veille de son départ pour l’Allemagne ; le 23 janvier elle écrivait :

« Nous sommes fières d’être Françaises. Nous ne baisserons jamais la tête. Nous ne vivons que pour la lutte. Les temps que nous vivons sont grandioses. Je vous dis au revoir. J’embrasse tous ceux que j’aime. N’ayez jamais le cœur serré en pensant à moi. Je suis heureuse de cette joie que nous donne la haute conscience de n’avoir jamais failli et de sentir dans mes veines un sang impétueux et jeune.

« Notre France sera libre et notre idéal triomphera. »

 

DANIELLE CASANOVA                           BERTHIE ALBRECHT

C’est le drapeau de combat et d’espérance de l’UNION DES FEMMES FRANÇAISES.

C’est notre appel à l’Union de toutes dans le travail pour la RENAISSANCE d’une France indépendépendante, forte et douce à ses enfants.

 

VIVE LA France REPUBLICAINE ET DEMOCRATIQUE !

 

 

1946

 

Conseil  National

De

l’ Union des Femmes Françaises  

Vincennes Juillet 1946

 

Amies de la Paix

Rapport présenté par Claudine Chomat

 

Amies de la Paix

Chères amies,

Le Bureau directeur a pensé qu’il était nécessaire d’alerter le Conseil National sur le grave problème de la paix, afin que dans toute la France nous aidions le Comité de Coordination Français de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes à créer les Comités d’ « Amies de la Paix ».

En effet, nous devons tout faire pour préserver nos enfants d’une nouvelle guerre. Notre pays a trop souffert ; les femmes particulièrement ont souffert, c’est pourquoi elles sont si profondément attachées à la paix ; mais trop de femmes pensent que la guerre est inévitable ; or, la guerre de 1939-1940 aurait pu être évitée ; nous devons voir comment, afin que nous ne recommencions pas les mêmes erreurs si nous voulons effectivement que s’établisse une paix solide et durable, garantie de la sécurité et du bonheur de nos enfants.

Comment la guerre de 1939-1940 aurait pu être évitée

En 1939, deux mondes s’opposaient : ceux qui misaient sur Hitler et ceux qui comptaient uniquement sur la puissance de la France, alliée aux grands pays démocratiques.

Les premiers, par haine du peuple, par haine de la République, sabotaient la production économique, la production de guerre, la défense nationale. Les financiers, les gros industriels, les agrariens, ne croyaient pas que Hitler fut un danger pour leurs intérêts égoïstes ; les possédants exportaient leurs capitaux. La France était suffisamment riche pour avoir en quantité des avions, des tanks, un armement moderne, mais les industriels ralentissaient l’activité de leurs entreprises volontairement. 50% de notre bauxite étaient exportés en Allemagne, ainsi que 40% de notre fer, et même après la déclaration de guerre, les industriels de France et d’Allemagne continuaient d’échanger des matériaux pour la fabrication des obus et des canons. Notre production tombait, tandis que celles de l’Allemagne, de l’Amérique et de l’Angleterre montaient en flèche. Tout ceci explique pourquoi l’armée française manqua d’avions, de tanks et de matériel de guerre en général.

L’état-major français ne voulait pas comprendre l’intérêt suprême du pays. Il n’avait pas voulu s’adapter aux conditions modernes de la guerre et s’en tenait à la conception que la ligne Maginot suffisait pour préserver la France d’une nouvelle invasion. Deux cents milliards de francs ont été engloutis pour faire la ligne Maginot, qui n’a servi à rien, étant donné qu’il aurait fallu, pour la rendre efficace, la prolonger jusqu’à la mer. Ici, il faut souligner le rôle de Pétain, qui s’opposa toujours à la prolongation de la ligne Maginot. D’autre part, l’état-major français s’occupait beaucoup plus de la ligne Maginot que des hommes qui défendraient cette ligne. Ils préparaient  la guerre de 1939-1940 comme ils avaient préparé celle de 1914. Pétain lui-même déniait toute efficacité sérieuse au tank et à l’avion. Aussi, en tout et pour tout, Pétain commanda, pour l’année 1934, seulement sept tanks, alors qu’en Allemagne Hitler préparait fiévreusement, dans la même période, le réarmement de l’Allemagne. Pétain n’était pas le seul à avoir cette opinion : Weygrand aussi la partageait. L’armée était plutôt une armée de caste ; les officiers formés dans des écoles militaires spéciales comme Saint-Cyr, où du reste, il ne fut pas brillant. Weygrand considérait la République comme un mal nécessaire qui ne méritait pas qu’on se battit pour elle. Aussi ne nous étonnons plus du rôle joué par Pétain et Weygrand au moment de l’effondrement de la France.

Notre peuple comprenait ce qui se passait. Le développement des forces fascistes en France, les multiples concessions et capitulations de la France à Hitler et Mussolini, l’audace des organisations fascistes et les sanctions contre les antifascistes, la division des forces démocratiques dans le pays même et dans le monde étaient autant d’indices de l’approche d’une nouvelle guerre.

Les capitulations de la France

Dès 1935, Laval avait soutenu l’invasion de l’Abyssinie par Mussolini, en signant les accords de Rome en 1935, il sabote ouvertement les financières contre les sanctions économiques contre l’Italie. Cet encouragement à Mussolini a aussi encouragé les forces de guerre.

Le 7 mars 1936, Hitler remilitarise la Rhénanie, en violation du traité de Versailles et des accords de Locarno, mais jamais Hitler n’aurait osé le faire s’il n’avait pas été sûr des appuis dont il jouissait en France. Weygrand pensait ouvertement qu’un mouvement dirigé contre les progressistes allemands, qui devenaient de plus en plus forts, ne pouvait qu’avoir d’heureux effets sur la France, où le Mouvement antifasciste prenait une grande ampleur.

Un Comité France-Allemagne réunissait les hommes de la trahison. Ce Comité avait été fondé par l’espion Abetz, l’agent principal de Hitler en France. Il disposait de sommes énormes et achetait la conscience des directeurs de journaux, des politiciens. Trois cent cinquante millions ont été donnés par Hitler pour la corruption de la presse française. Dans un rapport du Quai d’Orsay, dans les dossiers de Georges Bonnet, agent d’Hitler , complice d’Abetz, il était déclaré qu’Abetz s’était vanté d’avoir plus d’une dizaine de députés français dans sa poche. Aussi ne nous étonnons plus maintenant de ce qui s’est passé.

Vous vous rappelez toutes avec quelle angoisse les républicains français ont assisté au martyre de l’Espagne qui luttait pour l’indépendance et la Liberté. C’est la rage au cœur que nous avons vu la non-intervention à sens unique, car Hitler et Mussolini n’ont jamais cessé d’envoyer des armes et des soldats à Franco. L’Espagne a été le champ d’expérience de l’armement moderne hitlérien. Pour la première fois, des populations entières ont été exterminées. Souvenez-vous de Guernica, où toute la population a été massacrée ! Souvenez-vous du bombardement d’Almeria, où la population a été sauvagement bombardée à l’improviste ! Combien depuis lors, avons-nous connu de Guernica et d’Almeria ? Nous avons eu Oradour-sur-Glane et Ascq. L’Espagne républicaine vaincue, c’était le coup porté à la démocratie, à la République française. Or, il eut été possible d’aider l’Espagne républicaine.

Encouragé par ses succès en Espagne, soutenu par les forces antinationalistes françaises, après six ans d’armement intensif, Hitler, certain de ses complicités en France, annexe l’Autriche en mars 1938. Après ce coup de force, la réaction antifasciste en France est violente, mais les forces de la trahison réussissent à continuer leur besogne antinationale.

Le 6 décembre 1938, Bonnet, reçoit à Paris Ribbentrop. Après cette entrevue, le sort de la France en était décidé ; l’amitié franco-allemande était renforcée, ce qui pratiquement signifiait que la France laissait les mains libres à l’Allemagne à l’est.

Ce fut Munich, qui brisait toutes les alliances solides de la France, notamment avec l’Union Soviétique. Quand Daladier revint de Munich, il fut acclamé à Paris. La presse bien orchestrée, corrompue, disait que Munich c’était la paix, et on criait : « Munich c’est la paix ! » Or, il n’en était rien : six mois après la signature de Munich entre la France, l’Italie, l’Allemagne et l’Angleterre, Hitler occupe Prague, en Tchécoslovaquie, et crée le protectorat de Bohême-Moravie.

Alors en France, on s’aperçut que Munich ce n’était pas la paix, mais la guerre, et l’on doit dire que Daladier porte une lourde responsabilité : c’est pendant qu’il a été à la tête du gouvernement que la République tchécoslovaque fut étranglée, l’Espagne républicaine assassinée et la France trahie et vaincue. Il a déjà été dit que la convention de Munich a été signée non pas par des hommes simples roulés par Hitler, mais par des politiciens expérimentés qui savaient très bien ce qu’ils faisaient.

On se souvient de la violente campagne antisémite qui s’est déchaînée sur notre pays, campagne qui divisait les Français mais qui faisait le jeu de Hitler.  Déjà Hitler se comportait en maître en France et, lors d’un diner offert à Von Ribbentrop, les membres juifs du gouvernement, Jean Zay et Mandel, ne furent pas invités. Mme Campinchi, Herriot, Jeannenay refusèrent d’y assister en signe de protestation.

Après la prise de Prague, il était encore possible d’empêcher de nouveaux succès de Hitler. L’Union Soviétique proposa, trois jours après l’occupation de Prague, une conférence entre la France, l’Angleterre, la Russie, la Pologne, la Roumanie et la Turquie, pour examiner les moyens de résister à une nouvelle agression. Mais, malheureusement, cette proposition ne fut pas acceptée. Il était déjà très net que l’on désirait avant tout favoriser les desseins de Hitler, ce qui nous conduisait directement à la guerre.

Seules, les populations des pays démocratiques, en France et en Angleterre, comprenaient que l’Alliance avec l’Union Soviétique était indispensable. D’autre part, l’ambassadeur de France en Allemagne, Robert Coulondre, pressait le gouvernement français dans ce sens. Les ambassadeurs de France et d’Angleterre à Moscou entrèrent en pourparlers avec l’Union Soviétique, mais vraiment les conditions imposées à l’Union Soviétique étaient telles qu’elle ne put accepter. On lui refusait le passage de ses troupes en Pologne pour combattre plus efficacement les troupes allemandes en cas de guerre. On se rend compte de la mauvaise foi des gouvernements français et anglais en refusant ce passage de troupes soviétiques au travers de la Pologne. Ils oubliaient tout simplement qu’en 1914-1918 il avait été nécessaire aux troupes anglaises et américaines de passer à travers la France, comme il était nécessaire aux troupes anglaises de traverser la Belgique en cas de guerre de l’Angleterre contre l’Allemagne.

Hitler, satisfait de l’échec des pourparlers anglo-franco-soviétiques, ayant les  mains libres à l’est, occupe la Pologne.

Il était impossible à l’Angleterre et à la France de rester impassibles devant ce nouveau coup de force, et, le 2 septembre 1939, la guerre fut déclarée à l’Allemagne, mais il était trop tard. Hitler occupait l’Autriche, la Tchécoslovaquie, la Pologne ; il ne restait plus à Hitler qu’à envahir la France. La sachant affaiblie, c’est ce qu’il fit ; ses blindés envahirent le Nord de la France et, très vite, trouvèrent le chemin libre jusqu’à Bordeaux.

Paul Reynaud, après avoir illusionné les Français sur la route du fer, au lieu d’appeler la France à la résistance farouche en libérant les patriotes internés par Daladier dès 1939, se conduisit de telle façon que d’heure en heure, pendant ces quelques journées pénibles, à Bordeaux, où le gouvernement était replié, Weygrand et Pétain gagnaient de l’influence et réussirent à renverser la majorité du gouvernement au profit de la capitulation.

Dans tout Bordeaux, on faisait courir le bruit que seul Pétain pourrait obtenir des bonnes conditions d’armistices, en traitant de soldat à soldat avec Hitler.

Mais Pétain portait une lourde responsabilité dans cette guerre, car il était membre permanent du Conseil supérieur de la guerre et ne fit rien pour empêcher la catastrophe ; au contraire, il servit plutôt les intérêts de l’Allemagne plutôt que ceux de la France. Le héros légendaire de Verdun a surtout son nom associé à la mutinerie de Verdun, où il fit fusiller un homme sur dix ; c’est à lui qu’on fit appel en 1925 pour réprimer la révolte du Riff. Puis il soutint le mouvement fasciste des Croix de Feu.

Après la chute de la République espagnole, il était tout désigné pour être ambassadeur  à Madrid auprès de Franco, où il se lia d’amitié avec l’ambassadeur nazi.

Aussi dès qu’il fut chef du gouvernement à Bordeaux, il s’empressa de renseigner Hitler en téléphonant à Madrid.

Vous vous souvenez toutes de ces jours pénibles de l’exode, de la colère des soldats français de se voir trahis et bafoués, et des honteuses conditions de l’armistice : occupation des deux tiers du territoire, démobilisation et désarmement des forces navales et aériennes françaises, la flotte placée sous le contrôle de l’Allemagne et de l’Italie, et 550 millions de francs par jour pour payer les frais d’entretien des armées allemandes d’occupation, et un million et demi de prisonniers de guerre aux mains des Allemands jusqu’à la conclusion de la paix. Voilà où nous ont conduit les successives capitulations devant l’agresseur, la lutte contre le Front populaire, la division des forces démocratiques en France, ce qui permit aux traîtres d’agir, et l’absence d’union entre les pays démocratiques.

Nous vous conseillons la lecture du livre d’André Simone : Les Hommes qui ont trahi la France, édité par « Hier et Aujourd’hui ». Il donne un film saisissant des causes de la capitulation de notre pays, et nous y avons puisé de nombreuses vérités.

L’Allemagne n’était pas prête

On peut affirmer aujourd’hui que la guerre aurait pu être évitée, car l’Allemagne n’était pas prête. Au moment de Munich, l’état de l’Allemagne était tel à cette époque que Hitler aurait dû céder si la France et l’Angleterre avaient réalisé contre lui le front de la paix. Au procès de Nuremberg, Keitel, chef du grand état-major allemand, parle de capitulation de Munich. Il affirme que le pacte de Munich plongea les généraux nazis dans la joie, car ils pensaient ne pas être assez forts à ce moment-là pour enfoncer les fortifications de la frontière tchécoslovaque, et l’affaire tchèque avait été pour eux un sujet de lourdes préoccupations. Abordant les événements d’août 1939 : « Nous ne voulions pas la guerre, proclame-t-il, car nous n’étions pas prêts pour une guerre agressive. Nous pensions bien, a-t -il ajouté, que, liées par leur traité avec la Pologne, la France et l’Angleterre interviendraient et que le Reich ne serait pas de force à faire victorieusement face à ces trois puissances. »

Daladier savait parfaitement que l’Allemagne n’était pas prête, mais il approuvait pleinement toute tactique de Bonnet, alors ministre des Affaires étrangères, ou plutôt on devrait dire ministre d’Hitler en France.

Daladier savait que l’état-major général était arrivé à des conclusions opposées à celles que  Bonnet présentait en ce qui concerne l’Allemagne. Il savait que Gamelin avait souligné les faits suivants :

Le chef de l’état-major allemand, le général Beck, avait démissionné le 3 septembre 1938, parce qu’il ne voulait pas conduire l’armée à une catastrophe ;

La ligne Siegfried était loin d’être terminée et, selon les termes de l’attaché militaire français à Berlin, « aussi facile à abattre qu’un château de cartes » ;

L’armée allemande n’avait en aucune façon terminé ses préparatifs et il fallait compter une bonne année d’efforts les plus obstinés avant qu’elle puisse se risquer dans une guerre ;

L’état-major général français avait sur l’Armée rouge une opinion tout à fait différente de l’estimation dédaigneuse de l’attaché militaire japonais que Bonnet avait cité devant le Conseil, et il considérait au contraire que l’aviation et les tanks russes égalaient ceux des Allemands ;

L’armée tchèque, splendidement équipée, forte de quarante divisions, d’un millier d’avions et de 1500 tanks, pouvait résister au moins deux ou trois mois, même si elle avait combattu seule.

Toutes ces choses, Daladier les savait, et pourtant il se tut. Même au moment de la déclaration de guerre, l’Allemagne n’était pas capable de soutenir une longue guerre ; sa situation géographique, son potentiel agricole, sa dépendance en matières premières étrangères dans laquelle elle se trouvait lui imposaient des coups rapides et décisifs. Donc, la guerre-éclair n’était pas un signe de force, mais un signe de faiblesse de l’Allemagne.

Même encore à ce moment-là, Daladier, Bonnet, Weygrand n’avaient pas pour objectif de concentrer toutes les forces contre l’Allemagne, sinon on aurait évité l’effondrement de la France et l’occupation. Mais, en France, on était beaucoup plus préoccupé d’entraîner le peuple français dans une guerre contre l’Union Soviétique plutôt que de lutter contre le fascisme hitlérien. Depuis le 28 février 1939, un corps expéditionnaire de 50.000 hommes était prêt à être embarqué pour la Finlande, et une armée de 150.000 hommes sous les ordres de Weygrand, s’apprêtait en Syrie à porter des coups contre le Caucase soviétique. La lettre de Weygrand à Gamelin, à ce moment-là, signifiait qu’il était prêt à faire un violent bombardement contre les régions pétrolifères du Caucase.

L’union des cinq grands pays démocratiques aurait pu nous préserver de la guerre.- Nous pouvons dire que l’union des cinq grands pays démocratiques, de la France, l’Angleterre, l’Espagne, la Tchécoslovaquie et l’Union Soviétique, était capable de faire échec à l’Allemagne hitlérienne et à l’Italie fasciste. Ces pays représentaient 278 millions d’habitants, contre 107 millions ; leur puissance économique était telle que l’Allemagne n’aurait jamais pu résister : 406 millions de tonnes de charbon contre 262,80 millions de tonnes de fer contre 7,700 millions de quintaux de blé et de seigle contre 204,110 millions d’hectolitres de vin contre 30, et l’apport des colonies françaises, des Dominions britanniques, des Indes, des États-Unis, du Mexique et de la Chine auraient écrasé les ambitions de Hitler et de Mussolini.

Ce que la guerre nous a couté

Au Congrès international des Femmes, le 26 novembre 1945, Françoise Leclerc présentait le rapport, au nom de la France, sur la participation des femmes à la lutte pour la paix et la démocratie.

Elle disait : « Le fascisme, c’est la guerre. Des dizaines de millions de femmes, pendant les dures années que nous venons de vivre, ont appris dans la souffrance que le fascisme entraîne inexorablement la guerre. La dernière guerre, suscitée par le fascisme, dépasse en horreur tout ce que le monde avait connu jusque-là. Des millions de morts et de blessés en Union Soviétique, 7 millions rien qu’en Pologne, 1 million 75.000 morts en Grèce, dont 920.000 par la famine et la maladie, 6 millions et demi de Juifs exterminés, soit un tiers de la population juive, 4.500.000 habitants sinistrés rien qu’en Angleterre, et, 6.400.000 rien qu’en France. 

« Voici quelques exemples de ce que nous a apporté la dernière guerre. Aussi, toutes les mères du monde entier ont ressenti une joie profonde, un immense soulagement de la grande victoire remportée par les Nations Unies sur les puissances de l’Axe. »

Nous pouvons ajouter au rapport de Françoise Leclerq qu’en France les destructions ont été terribles. Elles sont supérieures de 50% à celles de la guerre de 1914 : 1.500.000 immeubles détruits, dont 400.000 totalement, plusieurs villes presque entièrement rasées, les installations portuaires ont subi des dommages considérables : Saint-Nazaire, Rouen, Nantes ont été détruits dans une proportion de 60%, le Havre 80%, Marseille 99%, Dunkerque 100%, en tout 2.058 milliards de francs représentant le montant des valeurs de destruction. Des milliers de familles sont restées sans logis, un million de petits enfants sont morts sous les bombardements ou privations. Jamais il n’y a eu dans notre jeunesse autant de rachitisme et de tuberculose. Et, comme l’indiquait notre amie Odette Dugué au Congrès international des Femmes, en présentant au nom de la délégation française le rapport sur la participation des femmes dans la lutte contre le fascisme : « Il nous faudra des années pour redonner à notre jeunesse une santé, comme il faudra des années pour effacer les effets de la corruption, du marché noir, des appels à la délation qui ont provoqué chez elle une crise de moralité. »

Il y a eu dans notre pays : 1 million et demi de prisonniers de guerre, près de 200.000 fusillés, 250.000  déportés dont seulement 35.000 ont pu échapper des bagnes nazis, 600.000 déportés du travail. Voilà le triste bilan qui résulte de toute cette politique de capitulation, de haine contre le peuple. Nous ne devons jamais oublier ce que cette guerre nous a coûté, et nous vous engageons vivement à diffuser d’une façon très large et à lire et étudier le compte rendu des travaux du Congrès international qui s’est tenu à Paris. Ce livre renferme une documentation très riche qui peut vraiment vous aider pour faire des conférences extrêmement intéressantes sur les méfaits de la guerre et du fascisme, et sur la lutte des femmes dans le monde entier.

L’Allemagne reste un foyer de guerre

En ce moment, nous ne pouvons pas dire que tout danger de guerre soit écarté ; l’Allemagne reste un foyer de guerre. Les journaux nous signalaient récemment de grandes manifestations des fascistes allemands à Hambourg, plus de 4.000 manifestants criant : « L’Allemagne au-dessus de tout ! » les mêmes incidents ont eu lieu à Berlin dans le secteur français : de jeunes hitlériens de dix-sept à vingt-cinq ans ont contre-manifesté violemment à l’occasion d’une réunion antifasciste. Cela ne doit pas nous étonner, car l’Allemagne n’a pas désarmé. Elle reste, si l’on n’applique pas les décisions de désarmement de l’Allemagne prises à Postdam, une nation puissante. Ces décisions demandaient la dénazification, le désarmement effectif, la destruction de l’industrie de guerre, la réduction du potentiel industriel, l’internationalisation politique et économique de la Rhur, les réparations aux pays victimes de l’agression allemande. Il a été révélé que depuis 70% du potentiel industriel de l’Allemagne était intact. En Rhéno-Wesphalie, forge de l’impérialisme allemand, centre de la métallurgie, de l’industrie  houillère, des cokeries et des constructions mécaniques allemandes, 5 à 10% seulement des machines ont été détruites. Dès juin 1945, deux hauts-fourneaux de l’usine Ober-Hausem étaient de nouveau en activité, et, dès le 1er juillet, l’usine de caoutchouc synthétique de Hüls était mise en service. Le plan allemand est de faire renaître la puissance militaire allemande et le parti hitlérien. Face à cette situation, comment applique-t-on les décisions de Potsdam ?

D’abord, en ce qui concerne la dénazification, un correspondant américain indique qu’en zone américaine et anglaise les nazis occupent des postes importants. Dans la zone américaine, plus d’un million de membres du parti hitlérien sont dans différents postes. À Munich, 60% des librairies continuent à exposer des livres de propagande nazie, et l’on trouve dans 70% des bibliothèques des publications fascistes. En zone américaine, tous les prisonniers de guerre allemande seront libérés d’ici au 30 novembre.

Le général Lucius Clay, chargé de l’administration des allemands civils en zone d’occupation américaine, a  déclaré dans un message adressé au Conseil des États allemands, qu’il accordait un pardon général à tous les nazis âgés de moins de vingt-sept ans. Ne seront exceptés de l’amnistie que les hommes dont la participation à des crimes de guerre aura été « nettement prouvée ».

Aussi quand on se rend en Allemagne, on constate beaucoup trop que les Allemands ne reconnaissent absolument pas qu’ils sont coupables devant l’humanité. Ils se plaignent de ce que leurs villes sont démolies, mais à aucun moment ils ne font le rapprochement de cette situation avec les lâches agressions de l’Allemagne. Et certains Allemands font le reproche à Hitler, non pas des crimes monstrueux qu’il a commis, mais uniquement de ne pas avoir gagné la guerre. Aussi ce serait une faute grave de sous-estimer l’existence du nazisme  clandestin et la présence des éléments nazis dans les postes de commande et de l’administration allemande par un simple contrôle beaucoup moins efficace, sans doute ne se rendent-ils pas compte que ce serait par trop l’intérêt des fascistes.

Dans le domaine de la démilitarisation de l’Allemagne, un fait révolte la conscience des femmes françaises, quand elles savent que près d’un million d’Allemands restent en zone anglaise, mobilisés et constitués en unités. La BBC elle-même reconnaît que les effectifs des unités allemandes, conservés dans la zone britannique, se montent à 120.000 hommes, soi-disant pour déminer ou pour faire d’autres travaux. Mais il est bon de rappeler qu’après la guerre mondiale de 1914, à l’armée professionnelle allemande, dite la Reichwehr, avait été fixé un effectif de 100.000 hommes, et c’est de ces 100.000 hommes qu’est sortie la Wermacht d’Hitler. Aussi, après la guerre mondiale de 1914, on forma en Allemagne des équipes de travail chargées de déminage et du ramassage de l’armement, mais, en réalité, ces équipes ont servi à former une deuxième Reichwehr illégale.

On est en droit de penser : Est-ce que vraiment l’on désire la démilitarisation de l’Allemagne ? Est-ce que vraiment l’on désire le désarmement de l’Allemagne ? Est-ce que l’on s’apprête à renouveler les mêmes erreurs qu’après la guerre de 1914, où, sous le prétexte de permettre à l’Allemagne de payer les réparations, les industriels et banquiers de France, d’Angleterre d’Amérique, ont en définitive fait remarcher la machine de guerre allemande. Que voit-on en ce moment ?

On parle d’organiser en Allemagne une production accrue qui contribuerait au redressement et à l’expansion de l’économie mondiale, et même le journal anglais le Times écrit le 9 mai 1946 : « Il est indispensable d’autoriser l’Allemagne à développer son économie, ce qui contribuera à restaurer l’Europe. » Les aciéries allemandes de la zone britannique reçoivent du charbon alors que la France et d’autres pays libérés ne reçoivent pas les fournitures promises. La production de l’acier dans la Rhur, contrôlée par les Anglais, dépasse la production en acier de toute l’industrie française, donc il semble bien que les décisions de Potsdam ne soient pas appliquées. De toute l’Europe occidentale, la Ruhr est la région qui produit le plus de fonte et d’acier, et le bassin de la Ruhr fournit les quatre cinquièmes de la production allemande, donc l’internationalisation de la Ruhr intéresse tous les pays soucieux de la sécurité mondiale. On refuse à la France le charbon de la Ruhr pour le donner aux Allemands. La France  réclame 1.500.000 tonnes de charbon par mois, et on lui accorde seulement 600.000 tonnes de charbon par mois, alors que l’on accorde aux Allemands 3.500.000 tonnes. Et, à Londres, on estime qu’il faut servir avant l’Allemagne et non la France.

Une telle complaisance envers l’Allemagne vaincue peut avoir de grandes répercussions sur l’organisation de la paix, et l’on s’étonne de voir en France des gens qui déplorent les conditions inhumaines dans lesquelles se trouve actuellement l’Allemagne. Or, comme nous venons de le voir, l’Allemagne n’est pas du tout désarmée, ni démilitarisée. On discute maintenant le principe de l’occupation de l’Allemagne et, récemment, Byrnes, ministre des Affaires étrangères américain, proposait de transformer l’occupation allemande en un contrôle pendant 25 années. Cela ferait bien l’affaire des nazis, qui rêvent à nouveau d’avoir une Allemagne fasciste, cette Allemagne fasciste restant un foyer de guerre menaçante pour l’Union Soviétique, pour la France et pour tous les pays démocratiques du centre de l’Europe. L’Union Soviétique propose de faire une enquête sur la situation actuelle du désarmement, dans toutes les zones d’occupation. Cela est nécessaire pour connaître exactement le potentiel de guerre de l’Allemagne à l’heure présente.

Si nous ne voulons pas que nos enfants connaissent une nouvelle guerre, si nous ne voulons pas voir à nouveau notre beau pays dévasté, si nous ne voulons pas assister à de nouveaux Oradour-sur-Glane, si nous ne voulons pas revoir les camps de concentration et les prisons, si nous voulons sauver la démocratie et la République, nous devons rester vigilantes et alerter l’opinion publique, mobiliser le pays entier, pour que l’Allemagne soit désarmée, pour qu’elle ne recommence pas une nouvelle agression. Aussi nous devons exiger de nos gouvernements :

ü  Le droit aux réparations pour la France, que l’Allemagne nous rende nos machines, notre cheptel, tout ce qu’elle nous a pris.

ü  Le détachement de la Ruhr, tant économique que politique, l’occupation de la Rhénanie et l’intégration de la Sarre à l’économie française.

Le rapport présenté par la France au Congrès international des Femmes indiquait : Les conditions prévues pour l’Allemagne sont sévères mais humaines cependant. Après le versement des réparations, il reste à l’Allemagne suffisamment de ressources pour qu'elle puisse exister sans aide de l’extérieur. On prévoit le développement de l’agriculture et de l’industrie afin d’assurer les besoins de la consommation intérieure. Les Nations Unies ne se proposent pas d’anéantir le peuple allemand, elles ne veulent pas le réduire en esclavage comme le prétendent les réactionnaires de tous les pays.

Si le peuple allemand manifeste suffisamment de compréhension et de bonne volonté pour réorganiser sa vie, par la suite, sur des bases démocratiques et pacifiques, selon les indications des autorités alliées, il pourra, en fin de compte, trouver sa place parmi les peuples libres et pacifiques du monde. En leur qualité de mères, d’épouses et d’ouvrières, les femmes allemandes peuvent faire beaucoup pour la renaissance de la Nation, et pour aider l’Allemagne à rejoindre la famille des peuples libres.

L’union pour assurer la paix et le rôle de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes

Nous devons dire à toutes les mamans qui pleurent secrètement leurs fils ou leur maris, à toutes celles qui ont vu leurs petits mourir dans leurs bras pendant l’exode, à toutes les veuves de fusillés et de déportés morts dans les bagnes nazis, à toutes celles que la guerre a chassées de leurs foyers et les laissent aujourd’hui désorientées au milieu des ruines, vivant encore dans les caves, les réduits, les hôtels insalubres, à toutes les femmes de France, nous devons dire que nous pouvons empêcher toute nouvelle guerre, et construire solidement la paix.

C’est une tâche sacrée pour notre Union des Femmes Françaises, pour toutes les femmes de cœur. Nous n’appelons pas les femmes à un pacifisme bêlant inutile, qui spécule sur les sentiments mais qui endort la vigilance. Nous dénonçons avec force ces faux pacifistes ; ils ne sont là que pour endormir la conscience publique, et non pour montrer la voix du salut.

Le salut de la Paix et de la France repose :

 

 

Sur l’organisation des Nations Unies

L’union entre les puissances démocratiques est possible, cette guerre s’est terminée à l’avantage des pays démocratiques, c’est donc qu’ils sont forts et puissants, et que, tant qu’ils seront unis, la Paix sera sauvée. Toute division entre les cinq grandes puissances ne peut servir que les forces de guerre.

Nous ne pouvons donner ici tous les résultats des travaux de l’ONU mais ces travaux reposent sur la conférence de Postdam et la charte de San Francisco, qui empêchent toute nouvelle agression par le bloc solide de tous les pays qui désirent ardemment la paix. Nous suivrons avec un grand intérêt les travaux de Conférence de la Paix qui doit s’ouvrir à Paris à la fin du mois de juillet.

Au sein des Nations Unies, la Fédération Démocratique Internationale des Femmes a demandé à prendre place. En janvier 1945, Jeannette Vermeersch, à la Constituante, dans un émouvant discours, s’est adressée à Georges Bidault, ministre des Affaires étrangères, pour qu’il soutienne les propositions de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes.

Dans son discours, Jeannette Vermeersch présente les vœux de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes :

« La Fédération Démocratique Internationale des Femmes a formulé les vœux suivants, qu’elle a adressée au secrétariat de l’Organisation des Nations Unies, ainsi qu’à M.M les ministres de France, de Grande-Bretagne, des États-Unis, de l’URSS et de la Chine.

En premier lieu, la Fédération exprime le désir de participer, à titre consultatif, aux assemblées générales des Nations Unies.

En second lieu, elle demande à être représentée avec droit de vote, au conseil social et économique des Nations unies.

En troisième lieu, elle souhaite l’organisation d’une commission féminine au sein du conseil social et économique.

Les délégations étrangères sont reparties convaincues qu’elles pouvaient compter sur votre appui, sur l’appui de la France, pour la réalisation des nobles buts que, toutes- ensemble, nous nous sommes proposées, et j’ose espérer qu’elles ne seront pas déçues.

Il est en effet nécessaire de donner la possibilité aux femmes de participer à la reconstruction du monde de la Paix. »

Le salut de la Paix et de la France repose aussi sur le vaste rassemblement républicain démocratique.

C’est pour contribuer au rassemblement des forces démocratiques que nous voulons tout faire pour faire connaître en France la Fédération Démocratique Internationale des Femmes, à laquelle ont adhéré 81 millions de femmes démocrates de quarante et un pays.

Mme Cotton soulignait, dans son discours d’ouverture, le développement de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes. Nous voulons ici lui rendre un hommage sincère pour tous les efforts qu’elle a fait afin de donner à la Fédération Démocratique Internationale des Femmes toute sa force, pour en faire un instrument solide pour la Paix.

Nous voulons aussi rendre hommage à Marie-Claude Vaillant-Couturier, secrétaire générale de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes, qui, elle aussi, par son prestige personnel, développe l’autorité de la Fédération dans le monde entier.

Saluons l’ardente activité de Jeannette Vermeersch, membre du Comité Exécutif. Jeannette apporte à la Fédération sa longue expérience dans le mouvement démocratique, sa clairvoyance, sa fermeté, sa lucidité. Aussi, au dernier Comité Exécutif, quand elle présenta le rapport d’activité de la France, elle sut traduire tout votre dévouement, l’attachement profond des femmes françaises pour la Paix, et leur volonté d’agir pour la sauvegarde de cette Paix.

Nous voulons aussi souligner le rôle efficace joué par les trois membres suppléants au Comité Exécutif pour la France : Françoise Leclercq, Mme Brunswig, ancienne sous-secrétaire d’État, qui nous a fait l’honneur de suivre les débats de cette journée, et Marie Couette, secrétaire de la CGT.

Nous saluons avec émotion la mémoire d’une femme, qui mérite toute notre admiration, Thérésa Andres, secrétaire espagnole de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes, morte d’épuisement, après s’être consacrée entièrement à la cause de la Paix.

Toutes ces amies ont permis une activité intense de la Fédération que nous pouvons suivre grâce au bulletin d’information publié chaque mois. Nous trouvons dans ce bulletin la lutte des femmes du monde entier pour la Paix ; nous y pouvons lire les résultats des deux campagnes lancées par la Fédération. La première campagne pour l’aide aux enfants victimes de la guerre. Cette campagne a été organisée dans de nombreux pays, et, en France, vous avez pu voir dans les cahiers de l’UFF les résultats magnifiques. La deuxième campagne a été la protestation des femmes du monde entier contre la condamnation à mort par Franco de deux femmes espagnoles : Mercédès Gomez Otero, Isabel Sanz Toledano, et contre la menace de mort qui pesait sur Maria-Thérésa Toral de New-York, de Chung King, de Buenos-Aires, de Budapest, de Sofia, de Prague, d’Angleterre, du monde entier, la Fédération a reçu des télégrammes s’associant à l’action de la Fédération pour empêcher Franco de commettre de nouveaux crimes.

L’action de la Fédération a été vigoureuse pour aider la Grèce, où la démocratie est en danger.

Comment en France nous pouvons aider la Fédération Démocratique Internationale des Femmes

Comme vous le savez, il existe le Comité français de coordination, auquel participent de nombreuses organisations féminines et syndicales, qui approuvent l’action de la Fédération. Le rôle de ce Comité français de coordination a été déjà très grand.

Mme Cotton a souligné les succès obtenus pour la journée de collectage en faveur des enfants victimes de la guerre : plus de 5 millions ont été collectés. Maintenant, le Comité de coordination a pris l’initiative d’aider la population d’Algérie et, plus particulièrement, les enfants musulmans qui se trouvent, au point de vue vestimentaire, dans le dénuement le plus complet. Cette initiative a été accueillie généreusement, et nombreux sont les colis qui ont déjà pris le chemin de l’Algérie.

Les deux animatrices de ce Comité de coordination : Jeannine Saillant et Marguerite Montre, ont récemment fait, à l’ensemble des organisations adhérentes, des propositions  qui méritent toute notre attention, et que nous vous soumettons.

Pour la préparation du Congrès international des Femmes, le 26 novembre 1945, sont nés, dans les villes et les villages, de nombreux Comités de coordination, à l’image du Comité national de coordination. Mais leur rôle a été trop restreint, il consistait simplement à grouper les organisations féminines intéressées par le Congrès international.

Devant les nécessités de tout mettre en œuvre pour consolider la Paix, devant les menaces récentes de troublions fascistes, qui ont osé attaquer le siège d’un grand parti démocratique, le Parti Communiste, menaces auxquelles ont répondu les républicains parisiens par une manifestation massive trente- six heures après l’attentat, devant les chantages de la bombe atomique, et devant les tentatives de désunion des grands pays démocratiques, le Comité Français de Coordination propose de lancer un grand un vaste mouvement de femmes pour la Paix.

 

 

 

Les Comités d’Amies de la Paix

Le Comité français de coordination propose la transformation des comités locaux de coordination existants en des « Comités d’amies de la Paix », dans lesquels auront place  toutes les femmes attachées à la Paix, à la démocratie, à la République. Et le Comité français de coordination propose aussi la constitution dans tous les quartiers, dans tous les villages, des « Comités d’Amies de la Paix.

Mais ces « Comités d’amies de la Paix » doivent être le plus large possible : grouper toutes les femmes de bonne volonté, même si elles ne partagent pas le même idéal politique ou religieux. L’essentiel est de s’unir à tout prix pour sauver la paix et, pour cela, l’union est possible, elle est indispensable.

Comment former les Comités de la Paix

Le Comité de coordination nous propose d’abord d’alerter toutes les femmes, comme nous venons de le faire sur les graves erreurs commises au cours des années qui ont précédé cette terrible guerre, de montrer la volonté unanime des femmes du monde entier de tout mettre en œuvre pour ne plus revoir un nouveau cataclysme s’abattre sur le monde, en ne recommençant pas les mêmes erreurs, mais au contraire, en faisant tout ce qu’il est possible de faire pour l’union des démocrates dans chaque pays, et pour l’union des grands pays démocratiques.

Nous avons de grandes possibilités d’alerter les femmes de notre pays, en soutenant les propositions du Comité français de coordination de faire partout des conférences sur la Paix. Ces conférences intéressent passionnément les femmes, aussi nous ne doutons pas qu’il sera possible de trouver dans toute la France des milliers de conférencières, véritables apôtres de la Paix, qui, par leur parole, leur ardeur, mobiliseront les femmes et les feront enrôler en masse dans les « Comités d’Amies de la Paix ».

Les conférencières trouveront une documentation précieuse dans le compte rendu du Congrès international des femmes et  dans le bulletin d’informations de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes.

A ces conférences, les femmes élèveront leurs énergiques protestations contre la présence d’un Franco à la frontière française, contre le non-paiement  des réparations de l’Allemagne à la France, pour la sécurité française sur le Rhin, pour la participation de la Fédération Démocratique Internationale des femmes à l’Organisation des Nations Unies.

Les femmes françaises nous seront reconnaissantes de les alerter sur des problèmes qui touchent directement la sécurité de leur foyer et l’avenir de leurs enfants.

10 et 11 Novembre, journées des Amies de la Paix

Les 10 et 11 novembre auront lieu à Paris les journées des Amies de la Paix. Vaste rassemblement, qui sera l’expression de la puissance du Mouvement Féminin pour la Paix. Le 10 novembre au Palais des Expositions, à la porte de Versailles, à Paris, les 5.000 à 6.000 déléguées désignées directement par les « Comités d’Amies de la Paix » se réuniront. À elles, s’adresseront les femmes les plus éminentes de France.

Cette journée symbolique et agissante aura pour but de proposer aux femmes de notre pays des formes d’action et de vigilance pour la sauvegarde de la Paix, et, le 11 novembre, les déléguées, se mêlant à l’immense cortège traditionnel du peuple de Paris à l’Arc de Triomphe, défileront devant le Soldat inconnu et clameront leur attachement à la paix.

L’Union des Femmes Françaises et les Comités d’Amies de la Paix

Nous pensons que le Conseil national ne peut qu’approuver les propositions du Comité français de coordination. Ces propositions correspondent au profond sentiment de justice, de paix et d’amitié qui animent les femmes françaises.

Aussi nous devons étudier comment nous pouvons, de suite, aider à la constitution des « Comités d’Amies de la Paix ». Nous savons le rôle important que notre Union des Femmes Françaises peut jouer pour la constitution de ces Comités. Mais il faut surtout que l’Union des Femmes Françaises, étant une des organisations féminines les plus actives, fasse tous les efforts nécessaires pour que ces Comités d’Amies de la Paix rassemblent toutes les femmes. Trop souvent, l’Union des Femmes Françaises est restée seule pour organiser la collecte en faveur des enfants victimes de la guerre. Cependant, nous avons d’excellents exemples, qui nous prouvent qu’il est possible d’intéresser à la cause de la paix des femmes qui ne s’intéresseraient nullement à d’autres questions.

Notre Union des Femmes Françaises aura servi la cause de la Paix dans la mesure où elle créera les conditions pour permettre à toutes les femmes démocrates de jouer un rôle effectif au sein des « Comités d’Amies de la Paix ». Aussi, nous vous demandons, de suite, de voir avec les organisations adhérentes au Comité de coordination, avec de nombreuses personnalités féminines, comment il est possible de constituer dans toutes les villes, dans tous les villages de votre département, des « Comités d’Amies de la Paix ».

Nous savons que vous serez passionnées par cette proposition de constitution de « Comités d’Amies de la Paix » groupant toutes les femmes de France, aussi nous vous faisons confiance pour qu’ils surgissent de partout, pour que le rassemblement des 10 et 11 novembre soit un exemple d’union pour tous les démocrates et républicains de notre pays. Si nous travaillons ainsi, nous aurons bien œuvré pour la Paix, pour la Démocratie, pour le bonheur de nos foyers.

Vive la Fédération Démocratique Internationale des Femmes !

Vivent les Comités d’Amies de la Paix !

 

 

Mai 1947

Journées Nationales

de

l’Union des Femmes Françaises

 

Discours de clôture de Claudine CHOMAT Secrétaire Générale

 

Voici terminées les Journées Nationales de notre grande Union des Femmes Françaises.

Depuis quatre jours, nous mettons en commun notre expérience, nos efforts, pour trouver les meilleures solutions aux graves problèmes qui préoccupent les femmes de notre pays.

Depuis quatre jours, nous nous rencontrons, nous échangeons des idées, des saluts, des sourires, nous nous rappelons des souvenirs, et cette atmosphère confiante a contribué pour une large part à la réussite de nos travaux.

Après notre grande soirée au Vel’d’Hiv, qui, nous l’espérons couronnera le succès de ces journées, nous allons retourner dans nos départements, dans nos comités, mieux armées pour vaincre les difficultés présentes et à venir.

Nous ferons part de nos impressions sur ce Congrès à nos parents, à nos amis, à tous ceux qui suivent avec intérêt la vie de l’Union des Femmes Françaises.

En ces fêtes de Pentecôte, il nous a fallu, pour quelques jours laisser notre foyer, nos maris, nos enfants. L’arrangement familial fut parfois difficile à trouver, mais quelle récompense pour nous, d’avoir vécu ce Congrès, d’avoir suivi le long cortège de dimanche au mur des fédérés. Notre organisation s’y est affirmée belle et forte. Notre groupe était éclatant de couleur avec ses drapeaux. Nous portions des médaillons fleuris de Danielle Casanova, de Berthie Albrecht, et de nos compagnes mortes pour le bonheur de nos enfants. La foule respectueuse communiait avec nous dans le souvenir.

Le Conseil National a été chaleureusement  salué parce que ses membres formaient avec nos sœurs musulmanes, nos sœurs de couleur, la chaîne symbolique de l’Union possible de toutes les mamans de l’Union Française. Les Parisiens ont acclamé l’idée généreuse de la fraternité des peuples.

Ils étaient venus pour rendre hommage aux ouvriers tombés pour une société meilleure, à ces ouvriers massacrés pour avoir voulu s’insurger contre les gouvernements de trahison qui pactisaient dans la défaite avec les envahisseurs prussiens.

L’accueil du peuple de Paris, si bon et si sensible, ces flambées d’applaudissements sur notre passage, ont gonflé nos cœurs de joie et de fierté.

Nul doute que notre Union des Femmes Françaises ne sorte grandie de ces journées si imposantes par le sérieux de leurs travaux.

Permettez-moi de saluer ici tout particulièrement les militantes, les animatrices de notre organisation qui ont, depuis quatre jours, donné à ces débats tout l’éclat qu’il méritait, en montant à la tribune pour faire part de leurs réalisations et de leurs suggestions.

Elles n’ont pas parlé seulement en leur nom, mais au nom de toutes celles qu’elles côtoient chaque jour sur les marchés, aux consultations des nourrissons, dans les dispensaires, dans les ateliers, dans les usines, dans les magasins, à l’école et dans les mairies.

C’est ce qui fait la force de notre Union des Femmes Françaises, car elle exprime vraiment ce qu’il y a dans les cœurs de chaque mère, de chaque femme.

Si en France ou à l’étranger il y a des gens qui peuvent douter de la possibilité pour la France de renaître, alors nous regrettons que ceux-là n’aient pu nous observer, nous entendre.

Nous savions, en convoquant ce grand Congrès, que nous apprendrions ce que le peuple pense et veut après ces deux années, car les femmes, sur lesquelles retombent les mille tracasseries de la vie quotidienne, les femmes qui ont la plus lourde charge du foyer, sont à même d’apprécier et de traduire l’état actuel de la France.

Aussi nous pouvons conclure ces travaux sans crainte de trop nous tromper, en disant qu’il y a de l’espoir dans nos cœurs, qu’il est possible de voir notre pays libre et prospère.

Le fait que nous sommes venues si nombreuses à ces journées Nationales, qu’il y ait eu tant d’enthousiasme, tant de confiance raisonnée dans les moyens qui nous restent  et que nous voulons mettre en œuvre, prouve la vitalité de notre peuple et constitue un témoignage que la France ne se laisse pas aller.

Dans certains pays, on souhaite voir la France s’abandonner, on semble craindre les exemples de progrès social que le peuple français est encore capable d’apporter au monde, il arrive qu’on y dénigre ce qui se fait dans notre pays. On chuchote, on écrit même que la France ne travaille pas. Or les étrangers qui ont visité la Foire de Paris sont émerveillés quand ils visitent les milliers de stands des exposants (et plus de 1.500 exposants n’ont pas pu avoir de place), ils sont émerveillés devant l’ingéniosité des industriels français, devant la qualité de nos produits, qui prouvent en même temps la qualité de nos ouvriers et aussi devant les trouvailles des inventeurs français qui donnent tant de pittoresque à cette foire.

La Foire de Lyon a de même cette année, connu un succès sans précédent.

Les cheminots ont reçu récemment une délégation de cheminots britanniques, eux aussi ont été extrêmement surpris de voir comment la France avait réparé rapidement les lignes coupées, les principaux centres ferroviaires détruits. Ils ont eux-mêmes déclaré : « Nous sommes loin d’avoir fait le même effort chez nous. »

Oui nous avons travaillé courageusement malgré les difficultés, quelquefois en maugréant parce que tout n’allait pas pour le mieux, surtout pour la nourriture souvent insuffisante, le logis difficile à trouver, les vêtements trop usés, les machines vieillies, mais cela n’a pas empêché les Français d’accomplir leur devoir.

Ils n’ont pas oublié la vieille maxime « Aide – toi et le ciel t’aidera », et ils ont commencé par s’aider eux-mêmes, c'est-à-dire par travailler.

Au lendemain de la Libération n’étions-nous pas pleins d’enthousiasme, n’aspirions-nous pas à vivre des jours heureux et tranquilles ?

N’ayant plus les allemands sur notre sol, nous pensions en finir très vite avec les traîtres, avec les collaborateurs.

Nous avions trop d’illusions.

Nous aurions dû être plus vigilants.

Trop de traîtres sont libres, trop de mauvais Français n’ont pas payé leur lâche collaboration avec l’ennemi et avec Vichy.

Ne laissons pas les ennemis de la France détruire l’effort que nous avons si bien soutenu jusqu’à ce jour.

Ils préfèrent le fascisme à la République, et nous savons maintenant que s’il y a le fascisme dans un pays, si le peuple n’a pas la parole, s’il n’a pas le droit de s’organiser, s’il n’est pas libre, alors il ne peut être heureux.

Les femmes allemandes ont pu s’en rendre compte. Le fascisme ne leur a  apporté que misère et deuil. Il a semé le malheur partout où il a passé. En France, nous avons ressenti douloureusement ses effets, et aujourd’hui les mères espagnoles et grecques vivent des jours bien sombres malgré leur courage et leur héroïsme.

Mais rien n’a pu empêcher l’avènement d’une république démocratique qui donne au peuple une part plus grande dans la vie économique et politique du pays.

Ils n’ont pu empêcher la France de se donner une constitution plus démocratique que celle de 1939.

En hommage aux services rendus par les Français, pendant les années de guerre et d’occupation, les constituants ont consacré dans la Constitution :

-       L’égalité des droits de l’homme et de la femme dans tous les domaines.

-       Le droit au travail.

-       Le droit syndical.

-       L’égal accès à l’instruction.

Les femmes ont maintenant des salaires égaux à ceux des hommes. N’oublions pas que c’est une vieille revendication syndicale. Depuis que les femmes travaillent elles l’ont obstinément demandée.

Avec le système de sécurité sociale les femmes bénéficient de nombreux avantages. C’est une forme très élevée de la solidarité.

Ce sont des progrès démocratiques énormes ; ils contribuent à faire de chaque individu un être libre, et en France on aime la liberté. On apprend à l’aimer dès l’enfance sur les bancs de l’école. Ce mot Liberté est inscrit sur tous les édifices de la République. La première parole du poète :

« Je suis né pour te connaître et pour te nommer LIBERTE. »

Mais il faut toujours chercher à aller de l’avant.

Bien des choses restent encore à faire.

Si la Constitution consacre l’égalité des droits, pour les femmes, n’oublions pas que nous avons encore le Code civil napoléonien qui maintient la femme dans un état d’infériorité. Nous rions un peu de voir les formules du Code. Nos militantes qui sont maires, conseillères, maires-adjointes, pourraient nous dire comment, quand elles font des mariages, elles suppriment certaines formules traditionnelles tellement elles sont périmées.

Ce n’est pas seulement dans le Code, mais dans la vie quotidienne, qu’il faut apporter des changements. L’Etat doit aider à créer de nombreuses institutions sociales pour conserver la vie aux nouveaux - nés, pour permettre aux enfants de grandir dans de meilleures conditions matérielles et morales, pour protéger la santé de la population qu’il faut défendre contre certaines maladies devenues des fléaux  sociaux.

Il faut aussi donner à manger aux Français qui travaillent, mieux répartir et à de meilleurs prix le pain, le lait, la viande, les fruits, tout ce qui fait nos soucis quotidiens et notre angoisse pour nos enfants.

Il ne faut pas que l’imprévoyance ou l’esprit d’irresponsabilité de ceux qui en ont la lourde charge vienne s’ajouter aux difficultés que nous ont laissées la guerre et la trahison.

Comment le faire sans l’union de tous ?

Nous approuvons les comités départementaux de l’Union des Femmes Françaises, qui ont pris l’initiative de participer aux comités de vigilance, et nous approuvons aussi le Conseil National de la Résistance qui a décidé de convoquer l’Assemblée nationale des présidents des comités de Libération.

Nous souhaitons vivement qu’ils réussissent. Ils sont les représentants authentiques de la Résistance. Qu’ils fassent renaître l’esprit d’union qui a aidé la France à se libérer.

Cette union nous a sauvés.

Nous devons nous acharner à rassembler toutes les forces populaires, toutes les forces nationales.

L’Union de tous au service de la France et de la République, voilà notre grand mot d’ordre.

Il doit vivre en nous comme une obsession.

L’Union de tous au service de la France et de la République, voilà notre serment, que nous répétons aujourd’hui d’une façon solennelle.

L’Union de tous au service de la France et de la République, à nous d’en faire une réalité vivante et bientôt triomphante.

Qu’est-ce cela signifie pour nous ?

Cela signifie que nous allons nous acharner à unir les paysans et les ouvriers, à empêcher qu’on dresse les villes affamées contre les campagnes accusées d’égoïsme.

Allons vers les paysans, allons dans nos campagnes exalter l’effort magnifique des mineurs pour que la France ait du charbon, l’effort des ouvriers du bâtiment, des métallurgistes, des ouvrières du textile, de la chaussure, etc…

Disons-leur de bien ravitailler les villes, pour encourager tous ceux qui travaillent et pour que leurs enfants aient une bonne santé.

Et aux travailleurs et aux travailleuses, demandons-leur de produire toujours plus de chaussures, de vêtements, de machines agricoles ; de rechercher avec toujours plus de force les stocks clandestins, les stocks anormaux, pour obtenir qu’ils soient mis sur le marché, pour imposer la baisse des prix.

Et aux ménagères mécontentes de ne pas trouver du pain, disons-leur franchement pourquoi nous sommes dans cette situation ; qui sont les responsables, et demandons-leur d’appuyer toutes les propositions susceptibles de nous faire sortir de cette crise du pain qui peut durer encore de longs mois.

L’Union de tous au service de la France et de la République, cela signifie encore que nous allons nous acharner à rapprocher les petits commerçants et les consommateurs.

Comprenons les difficultés des uns et des autres.

L’Union de tous au service de la France et de la République, cela signifie encore que nous allons nous acharner à défendre l’Union Française.

C’est avec émotion que nous avons entendu les témoignages de nos sœurs d’Algérie, de Tunisie, du Maroc et du département de la Martinique.

Nous avions un peu honte quand nous entendions évoquer la détresse des enfants de ces pays. Nous avons honte aussi que l’on a utilisé les hommes de ces pays pour nous aider à finir la guerre et que, de retour chez eux, ils n’ont pas les mêmes droits que les citoyens français.

Nous avions honte pour ceux qui n’ont jamais honte.

Ceux-là ne voient que leurs intérêts personnels et ils passent indifférents devant la misère qu’il y a autour d’eux, sans se soucier du bon renom de leur pays auprès de ces populations qui souffrent et qui aspirent au respect de leurs droits et de leur dignité.

Mais nous disons à nos sœurs des pays d’outre-mer : Nous comprenons vos souffrances parce que, nous aussi nous avons souffert et nous continuons le combat pour préserver la vie de nos enfants.

Toutes les mamans du monde, même si elles ne parlent pas la même langue, elles se comprennent. Elles ont le même langage maternel pour aimer leurs enfants.

Elles peuvent comprendre, que la peau de l’enfant soit de couleur noire, jaune ou blanche, le sang des hommes est toujours le même, il coule rouge dans les veines de tous.

Donc, ne nous laissons pas diviser sous prétexte de race.

Comment ne pas être émus devant une telle assemblée de femmes et de femmes d’outre-mer.

Dans nos cœurs de femmes françaises est profondément enraciné ce qui est la qualité du peuple français : L’absence des préjugés de race.

Nous n’avons pas pour ces femmes venues de loin seulement la sollicitude.

Nous voulons que vous sachiez ce que nous pensons profondément : que nous ne nous considérons pas comme des sœurs supérieures, mais comme vos égales.

La France, ce n’est pas quelques personnes avides de profits, mais c’est autre chose : en France il y a l’esprit de justice et de fraternité étendu à toutes les femmes et à tous les hommes.

Nous sommes heureuses de penser que cette rencontre va se prolonger par des liens permanents qui vont s’établir entre nous en constituant le Comité d’Amitié des Femmes de l’Union Française, comme l’a proposé Mme Cotton, notre présidente, dans son discours d’ouverture.

Nous sommes persuadées qu’en France et dans vos pays, cette initiative sera chaleureusement applaudie.

Nous sommes fières que de notre premier Congrès, dès juin 1945, c'est-à-dire un mois après la fin de la guerre, soit née la Fédération démocratique internationale des femmes, et que de ce 2e Congrès naisse le Comité d’Amitié  des Femmes de l’Union Française.

Unies, nous serons plus fortes pour que ne continuent pas les provocations comme celle qui, au Viet-Nam, a fait surgir une guerre meurtrière.

La France démocratique doit imposer qu’elle cesse, qu’on négocie.

Avant de nous séparer, disons-nous que ce soit à Belleville, à Alger, à Fez, à Bizerte, à Fort-de-France ou à Dieulefit, dans la Drôme, quand nous aurons de la peine, quand nous aurons de grands soucis, quand les difficultés nous paraîtront trop difficiles à surmonter, pensons à ce magnifique cortège du Mur des Fédérés, à ce magnifique Congrès.

L’Union de tous au service de la France et de la République signifie que nous allons multiplier nos efforts pour l’union de toutes les femmes de notre pays.

Nous pouvons les unir pour la Paix, en aidant le Comité français de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes à constituer des Comités des Amies de la Paix ;

En constituant :

-       des comités de ménagères

-       des Associations Familiales. Jeannette Vermeersch, ce matin  a dit : Partout des Associations Familiales, 2.000, 3.000, 5.000 Associations Familiales U.F.F.

Nous unir les femmes autour de notre programme que tout à l’heure nous avons approuvé à l’unanimité.

Nous avons l’ambition maintenant de le faire connaître partout.

Nous proposons au Congrès de faire une délégation à la présidence du Gouvernement, avec le bureau directeur que vous venez d’élire ; avec Mme Cotton, notre Présidente, pour présenter notre programme au Gouvernement.

Nous poserons en même temps la reconnaissance d’utilité publique de l’U.F.F., comme l’a demandé un comité des Bouches-du-Rhône.

Nous enverrons notre programme à tous les élus de l’Assemblée Nationale du Conseil de la République.

Faites aussi ce travail auprès de vos élus municipaux et des conseillers généraux.

C’est un programme très humain ; il montre dans toute sa vérité notre souci d’aider les mamans pour la reconnaissance de leurs droits, de veiller à la santé des enfants, à la défense de la Paix et de la Démocratie.

Mais pour faire de notre programme une réalité, nous avons besoin de mettre tout notre amour maternel, tout notre enthousiasme au service de l’U.F.F.

Il faut que nous fassions connaître le programme, en le publiant, en le diffusant, mais aussi par la parole, dans des réunions de 5, 10, 20, 100, 500, 1.000 femmes.

Il peut rallier toutes les femmes démocrates, toutes ces femmes qui se penchent chaque jour sur la détresse des familles, toutes celles qui consacrent leur vie au bonheur de tous, toutes les éducatrices, toutes les mères.

L’Union des Femmes Françaises est connue dans toutes les villes et dans les villages les plus reculés de France. Partout où elle se présente, son autorité est reconnue. Les femmes attendent beaucoup de nous, peut-être plus que nous ne pouvons leur donner, étant donné la situation présente, mais il faut leur donner au maximum.

Comme l’a si bien dit Simone Bertrand dans son rapport, l’U.F.F. doit être la providence des femmes.

Nous devons les faire adhérer, non par centaines de milliers, mais par millions. 5 millions de femmes au moins ont voté la Constitution, cela veut dire qu’elles sont pour la Démocratie, pour l’égalité des droits de tous les citoyens. Il n’y a aucune raison pour qu’elles ne rejoignent pas nos rangs. Cela dépend de nous.

Présentons-nous à elles simplement mais avec persévérance. Faisons-leur connaître notre U.F.F. telle qu’elle est, avec son grand cœur, avec son dévouement inlassable.

Elles seront touchées de voir les mamans qui ont des enfants se dévouer pour les enfants des autres, de voir celles qui n’ont pas eu le bonheur d’en avoir, reporter tout l’amour maternel qu’elles auraient eu pour leurs enfants, sur les enfants des autres.

Elles seront touchées par cette grande amitié qui nous aide quand nous sommes dans la peine, qui nous encourage quand nous rencontrons des difficultés. Il est émouvant de voir, quand un grand malheur frappe l’une d’entre nous, c’est l’U.F.F. qui lui donne le courage de vivre.

Elles se rendront vite compte du civisme de nos adhérentes, au moment où tant de gens se lamentent  sur la malhonnêteté des Français à la suite de la guerre.

Oui, cette atmosphère d’honnêteté morale et matérielle, ce désintéressement

Total des adhérentes, des militantes, ce dévouement inlassable pour le bonheur de tous vaut à l’U.F.F. la sympathie des femmes françaises si sensibles à la détresse humaine.

Quand on s’adresse au cœur des femmes, elles vous entendent toujours. On reproche quelquefois à l’U.F.F. de s’adresser plus au cœur qu’à la raison des femmes.

Nous ne considérons pas cela comme un reproche, bien au contraire. Quand les yeux des femmes se remplissent de larmes en entendant l’appel de la déléguée du Viet-Nam, nous dire les souffrances de son pays, devant l’injustice de cette guerre, quand notre amie tunisienne nous dit que les enfants cherchent leur nourriture dans les poubelles, ou que celle du Maroc nous raconte sa propre histoire, ses terres fertilisées par son travail qui lui sont arrachées par le Caïd, quand nous saluons comme nous l’avons fait hier, une courageuse compagne : Georgette Cadras-Lafitte, ce n’est pas le cœur des femmes qui s’apitoie, mais c’est leur raison qui s’indigne contre l’injustice et les causes de nos malheurs.

Ces femmes, en venant à nous, apprendront vite à nous connaître, à nous aimer.

Sans doute, les militantes qui ont apporté ces milliers de bulletins d’adhésion ont su toucher le cœur de ces nouvelles adhérentes. Ces adhésions sont le témoignage de la sympathie que rencontre l’Union des  Femmes Françaises dans le pays.

Nous savons que nous devons ce succès au dévouement inlassable de nos visiteuses.

Les mamans françaises, accaparées par les soucis familiaux, retenues par la crainte et quelquefois aussi par le mari qui hésite à voir sa compagne venir seule aux réunions, ne peuvent pas toujours suivre nos assemblées.

Ce n’est pas un obstacle pour leur adhésion à l’U.F.F.

Nous pouvons maintenir avec elles des contacts réguliers grâce à nos visiteuses.

Nous comptons déjà des milliers de visiteuses.

Encourageons les visiteuses dans leurs efforts, mettons à l’honneur ces militantes dévouées, donnons-leur la carte et l’insigne de la visiteuse. Elles méritent toute notre considération, car ce sont des femmes qui, en plus de toutes leurs charges familiales, consacrent un peu de leur temps pour aller voir les adhérentes, leur faire connaître la vie de l’organisation, pour leur porter le journal. Et ces nobles dévouements donnent une grande vitalité à nos comités. Elles sont les représentantes de l’U.F.F. auprès des familles.

Nous n’en sommes encore qu’au début de la mise en application de ces formes de liaison avec l’ensemble des adhérentes, mais les premiers succès nous engagent à persévérer.

Nous entraînons ainsi peu à peu à la vie de militante des femmes qui n’auraient jamais pensé jouer, elles aussi, un rôle utile dans la vie du pays.

Soyons très compréhensives pour avoir des directions de comités locaux et départementaux qui soient vraiment le reflet de l’ensemble de nos adhérentes.

Ayons beaucoup de patience et cœur avec les militantes, car elles aussi ont des difficultés familiales et de de santé.

Aujourd’hui nous avons fait une magnifique démonstration d’union en élisant un Conseil National où sont représentées toutes les tendances, toutes les opinions des femmes démocrates.

Toutes auront la possibilité de jouer pleinement leur rôle de membre du Conseil National. Elles se sentiront à l’aise pour exprimer une idée, pour réaliser une action. Nous qui voulons l’union et la démocratie, donnons l’exemple, réalisons l’union et respectons la démocratie dans nos rangs.

Nous savons que l’exemple que ce Congrès vient de donner sera  accueilli avec une grande satisfaction par les militantes qui n’ont pas toujours eu la place qu’elles méritaient dans nos rangs, en raison de certaines de nos erreurs, d’un peu de sectarisme, qui nous fait perdre quelquefois de vue l’idée qui nous guide, c'est-à-dire l’union, toujours l’union.

De grands progrès ont été faits pour faire fonctionner des directions collectives. Nous en avons ressenti les effets à ce Congrès.

Ce n’est pas la secrétaire départementale qui s’est coupée en quatre pour suivre chacune des conférences. Ce sont différentes militantes d’un même département qui sont intervenues dans les quatre conférences.

Savez-vous qu’il y a eu 187 interventions aux conférences, en comptant uniquement celles des déléguées.

C’est la démonstration qu’il faut faire confiance aux militantes.

Pas une ici ne pense : « Les femmes ne sont pas éduquées ».  La vie se charge de les éduquer. Au moment des élections, bien qu’inexpérimentées, elles ont bien voté pour la démocratie.

C’est encore une preuve qu’il faut faire confiance aux femmes.

Nous avons cependant le devoir de donner davantage de moyens à nos militantes pour qu’elles prennent plus de confiance en elles, pour qu’elles enrichissent leur expérience de la vie.

L’Union des Femmes Françaises développe la personnalité de chacune. Voyez comme nous sommes très différentes, chacune a apporté à la tribune avec élan ou avec tranquillité son expérience, son opinion, dans le langage qui lui est propre, et c’est ce qui donne tant de dynamisme à ces journées Nationales.

Aidons celles qui le désirent en faisant des cours du soir, des journées d’études, en les envoyant plus nombreuses encore à notre Foyer Danielle Casanova.

Nous avons pour les militantes les Cahiers U.F.F. que dirige notre grande amie Marguerite Jean-Richard Bloch.

Nous avons un grand journal, « Femmes Françaises ».

N’est-ce pas, les femmes l’aiment, notre journal ?

Jamais, en France, un journal féminin avec notre formule n’a connu un tel succès.

Les femmes y trouvent, à côté des questions sociales des problèmes de la vie courante, comme le ravitaillement, les prix, de quoi remplir leurs instants de loisir avec les romans, les nouvelles, les modèle de couture, de tricot.

Elles y trouvent le courrier. Le Journal est devenu le confident de milliers de femmes. Ce sont des centaines de lettres que nous recevons quelquefois par jour.

Elles y trouvent des mamans, des médecins, des avocates, des assistantes sociales, des ouvrières, des écrivains qui pensent, qui écrivent pour elles.

Oui, notre journal est bien digne de notre U.F.F.

Nous pouvons développer la vente.

200.000, 300.000 peuvent être atteints et même plus.

Et notre revue « Heures Claires », dont la présentation séduit les femmes, est appelée à connaître, elle aussi, un grand développement.

Nous avons pour nous adresser aux femmes, notre littérature sociale, le livre du Dr Roudinesco, qui donne des conseils aux mamans, a connu un grand succès ; les brochures sur la Sécurité Sociale, les biographies de nos héroïnes, la brochure de Marie-Claude Vaillant-Couturier sur le procès de Nuremberg.

Nous avons un outil merveilleux, l’Union des Femmes Françaises. Il dépend uniquement de nous une union digne de nos héroïnes :

de Danielle Casanova,

de Berthie Albrecht,

digne de toutes celles dont les regards n’ont cessé de nous encourager au cours du Congrès.

Nous avons appris, ces quatre jours, beaucoup de choses.

Nous repartons absolument enthousiastes, peut-être un peu tristes de nous séparer si vite. Nous nous étions habituées à nous voir, à nous rencontrer.

Mais les plus beaux films ont toujours une fin.

Vraiment, nous avons vécu de belles heures qui seront inoubliables.

Je prends l’engagement devant vous, au nom du Comité National que vous avez élu, au nom du bureau directeur, de tout faire pour mériter l’heureuse confiance que vous avez mise en nous, et au nom du Congrès tout entier, permettez- moi, avant de nous séparer, de dire à notre chère présidente, Mme Cotton, à celle qui nous donne par sa présence constante et par ses actes, le meilleur exemple, permettez-moi de lui dire que nous ferons tout ce qui nous est humainement possible de faire pour être dignes de l’immense dévouement qu’elle déploie pour diriger notre organisation.

Vive notre présidente, Mme Cotton.

Vive l’Union des Femmes Françaises !

Vive la République !

Vive la France !

1949

 

Questionnaire autobiographique MOSCOU 29 octobre 1949 (suite des bios Moscou précédentes)

Quelles sont vos responsabilités actuelles dans le Parti ?

 

 

Quelle a été votre activité durant la période 1939 – 1944 ?

 

-       1939, j’ai travaillé au Parti pour rétablir la liaison avec les départements.

-       1940, liaison et transportation du matériel avec les départements

-       1941,Zone-Sud liaison avec les départements et la Zone nord. Je commence à m’occuper du mouvement féminin

 

-       1942Je reviens à Paris sur l’ordre du Parti et je travaille au mouvement féminin

 

-       1943/1944 travaille parmi les femmes jusqu’à la Libération avec Maria Rabatté,   je suis en contact avec Laffitte   - Grenning – Balanger (j’ai vu 2 fois Lecoeur)

 

Avez-vous suivi les écoles du Parti ?

-       1934-35 à Moscou

-       Ecole Centrale de 4 mois, hiver 1947.

 

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3ème Congrès National  de l’Union des Femmes Françaises

Marseille les 4, 5, 6 juin 1949  - photographies (Garcia)

 

 

 

1951

Assemblée Nationale des Femmes pour le Désarmement du 11 Mars 1951

 

 

 

 

 

Deux grands succès de la journée

 

La ronde des colombes

 

 

 

 

 

 

Et le joli foulard décoré par Marie-Anne Lansiaux

 

 

 

 

 

....Avec ses colombes et fleurs.....

 

 

 

 

 

 

 

 

Des femmes de toutes catégories sociales, de toutes opinions …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                  … et de toutes religions

 

Le Congrès

 

 

 

 

Un immense portrait de Madame Eugénie Cotton domine la tribune

Marie-Claude Vaillant Couturier au micro

 

 

 

 

 

Irène Joliot Curie préside la 1ère séance

 A sa gauche Claudine Chomat

et

Frédéric Joliot  Curie

 

 

 

 

 

 

 

 

Claudine Chomat devant l’impressionnante assemblée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Claudine Chomat prononce le discours d’ouverture

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mme Eugénie Cotton

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Si tout l’effort de l’homme  se tournait vers les œuvres de Paix , des perspectives magnifiques lui seraient ouvertes »

Irène Joliot Curie

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je vous salue Maries de France aux cent visages »

Les déléguées se  pressent au stand où est vendu le Livre d’Or aux Maries de France

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Avec des centaines de milliers de femmes du monde entier, avec tous les peuples du monde, nous imposerons le désarmement nous gagnerons la paix »

 

Marie-Claude Vaillant Couturier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De boulversants visages ….

 

Olga Tournade préside la séance de l’après-midi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous étions quarante mille…

 

 

 

 

 

 

« Je suis une femme de mineur, une maman du Pas de Calais de ce département  qui a particulièrement souffert  des deux guerres et de l’occupation nazie »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Les femmes de chez Renault ont élu 60 déléguées pour venir les représenter à l’Assemblée Nationale pour le désarmement »

Germaine Bois

 

 

 

 

 

 

 

 

« J’aime mon pays, c’est pourquoi je dénonce ceux de mon pays qui apportent la mort dans le monde et conduisent le peuple américain au suicide »

Betty Millard, déléguée américaine

 

 

 

 

 

« Les femmes françaises et les femmes allemandes doivent s’allier  pour mener ensemble la lutte pour la paix »

 

Cécile Zimmer déléguée allemande

 

 

 

Pendant 8 heures elles ont écouté le visage grave et le cœur plein d’espoir

 

 

 

 

 

 

 

 

Raymonde Dien la fiancée d’Henri Martin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Françoise Leclerc

présente le salut aux femmes du monde entier

 

Pas un pouce de terrain perdu

 

« Il ne faut plus recommencer la  guerre parce qu’elle a tué ma petite sœur »

Anne Buisson, petite sœur de Denise, brulée vive dans l’église d’Oradour

 

 

 

 

 

 

 

Sept mille femmes ont écrit au bas de l’engagement solennel  pourquoi elles sont venues à Geneviliers

Serment des Femmes Françaises

Au nom des mères qui veulent défendre la vie qu’elles donnent.

 

 

 

* Nous affirmonsque la lutte ardente des millions de femmes sera plus forte que la volonté de guerre d'une poignée de criminels.

*Nous jurons de nous opposer de toutes nos forces au réarmement de l'Allemagne

*Nous jurons d'empêcher que notre pays soit transformé en un immense dépot d'armes, d'explosifs, de bombes atomiques.

*Nous jurons de ne pas laisser supporter par les familles françaises les charges écrasantes de la préparation à l guerre.

*Nous jurons de réunir toutes les femmes de France pour imposer le désarmement.

*Unies aux femmes du monde entier, nous prenons l'engagement solennel de lutter sans trêve ni repos pour assurer la paix et le bonheur de nos foyers.

 

 

Ce serment a été prêté par 40.000 femmes venues de toute la France, déléguées par des milliers de françaises à

L’ASSEMBLEE NATIONALE DES FEMMES POUR LE DESARMEMENT.

Genevilliers. Marché des Grésillons le 11 mars 1951

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mars 1956 l’UJFF a 20 ans

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait de « Une vie, un exemple  Danielle CASANOVA »

Collection d’Hier et d’Aujourd’hui édité par l’UFF

Après la guerre les amitiés de lutte

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie-Claude VAILLANT-COUTURIER et Claudine CHOMAT

 

 

 

 

 

 

Mme Eugénie COTTON et Claudine CHOMAT

 

 

 

 

 

 

 

Elsa TRIOLET et Claudine CHOMAT

Dédicace de Louis ARAGON

Un cri sur la guerre 1914/1918

 

 

Je les revois ces jours de deuil et de souffrance,

Où l'ennemi féroce envahissait la France.

Où dans les bois le sang ruisselait à gros flots,

Ou l'âpre des exploits enfantait des héros.

Que de hardis lutteurs, que de nobles victimes

dont on ignorera le martyr sublime,

jusqu'à ce qu'un poète aux accents convaincus,

Célébrât les exploits de ces vaillants vaincus.

Quant à moi j'ai gardé, gravée dans ma mémoire;

Pour vous la dire un jour cette touchante histoire.

Dans un sombre réduit vivaient de pauvres gens.

La mère, deux enfants avec leur vieux grand-père.

L'homme hélas était mort au début de la guerre.

De jour en jour pourtant on avait moins de pain,

Et les petits disaient "nous avons faim".

Et la mère éprouvait d'indicibles tortures

A regarder souffrir ses chères créatures.

Quant au vieux, dans un coin il gémissait, tout bas,

 " Mon Dieu ne nous les prenez pas.

Eux envolés qui protégerait leur mère.

L'homme n'a pas le droit de se donner la mort.

Et plus son mal est grand, plus il doit être fort.

J'ai cependant voulu mourir mon père.

Non pas que j'eusse peur pour moi des horreurs de la guerre,

Mais ces petits souffraient tant de la faim,

 

 

 


Claudine connaissait ce poème par coeur, c'est sous sa dictée que je l'ai noté. Voici ce qu'elle m'en a dit en avril 1995, 6 mois avant sa mort :

 «  Ce cri a été appris par notre mère à notre sœur Jeanne. Par notre grand-mère à Julienne et à moi. Je l'ai souvent récité aux fêtes du patronage des curés du quartier du Soleil à St Etienne, où nous envoyait notre grand-mère parce -que la cour était au soleil, alors que la cour du patronage laïque était à l'ombre. »